Gian Gilli: «La qualité y était, mais pas la quantité»

Saisie : 08.03.2010

Le Swiss Olympic Team est revenu de Vancouver avec six médailles d'or dans ses bagages. Jamais auparavant, il n’avait ramené autant d'or. Dans l'interview qui suit, Gian Gilli, Coach en chef de la délégation helvétique, tire un premier bilan des performances des athlètes suisses, revient sur le cas de la Norvège et nous dit où la Suisse devrait se situer dans quatre ans.

Gian Gilli, que pensez-vous de la performance d'ensemble de la délégation suisse?

D'une part, je suis très satisfait en ce qui concerne la qualité de nos médailles. Jamais encore nous n'avions remporté six médailles d'or. Les athlètes qui les ont gagnées sont aussi des personnalités attachantes et douées de charisme. Ils ont réussi à réaliser une performance optimale le jour où il le fallait. D'autre part, nous n'avons pas atteint les objectifs fixés par Swiss Olympic, à savoir une huitième place au classement des nations par médailles, toutes médailles confondues. Nous devons nous demander pourquoi. Certes, nous avons décroché six fois la quatrième place et terminé 27 fois dans les dix premiers. Bien sûr, la malchance a parfois joué un rôle et nos athlètes n'ont pas toujours réussi à donner le meilleur d'eux-mêmes. Mais nous devons encore nous améliorer sur les plans de l'efficacité et de la concrétisation des chances pour atteindre les objectifs qui nous sont assignés.

Une onzième place au classement des nations par médailles, ce n'est pas suffisant?

La huitième place était l'objectif de Swiss Olympic et le nôtre. Les Jeux de Turin 2006 ont montré que pour l’atteindre, il faut faire 14 ou 15 médailles. C'est très ambitieux, mais c'est bien d'avoir de tels objectifs. Cela constitue un signal vers l’extérieur, qui montre que nous entendons jouer, au niveau international, un rôle de premier plan dans les sports d'hiver. Nous devons adapter notre planification et notre travail en conséquence.

Nous avons obtenu six médailles d'or, trois médailles de bronze et six quatrièmes places, mais aucune médaille d'argent. Cela veut-il dire que lorsque nos athlètes ne sont pas les meilleurs, ils se ratent? Ou quelle explication donnez-vous à ce phénomène?

Sur le plan sportif, notre bilan est fantastique. Dans n'importe quelle épreuve de Coupe du monde, une quatrième place est un très bon résultat. Fabienne Suter a skié trois fois entre la quatrième et la sixième place: dans l'absolu, c’est une très belle performance. Seulement, aux JO, cela vaut beaucoup moins. Nous sommes jugés sur le nombre de nos médailles. Du point de vue sportif, il ne nous manque pas grand-chose. C'est un bon point de départ pour le cycle olympique à venir.

Nous sommes toujours très bons dans les nouvelles disciplines sportives. Avec Mike Schmid, nous avons une fois de plus un champion olympique dans une discipline présente pour la première fois aux Jeux. Mais dès que ces sports sont un tant soit peu établis, nous reculons, il suffit de penser au snowboard. Qu'en pensez-vous?

Je suis d'accord. Nous avons toujours des athlètes à la pointe des nouvelles disciplines sportives. Dès lors, il est important de créer de bonnes conditions lors du cycle suivant pour rester concurrentiels. C'est souvent là où le bât blesse, parce que nous manquons de ressources pour continuer à pratiquer ces sports de manière intensive et mettre en place des processus d'entraînement semblables à ceux d'autres pays. Et, comme nous ne pouvons pas offrir les mêmes possibilités, certains de ces pays nous dépassent.

Avec 4,5 millions d'habitants, la Norvège est un petit pays. Mais, avec ses 23 médailles, elle est bien plus forte que la Suisse. Quels enseignements peut-on tirer de l'exemple norvégien?

Les Norvégiens ont un incroyable esprit de vainqueur, comme on peut le voir chez leurs skieurs alpins. En Coupe du monde, ils marquent le pas, mais dès qu’arrivent les JO, on les retrouve devant, il suffit de penser à Aamodt, à Kjus et, cette fois, à Svindal, également. A cet égard, ils fonctionnent comme les Américains. Le sport et l'exercice physique sont très profondément ancrés dans la société norvégienne. Pour un jeune Norvégien, il est extrêmement motivant de devenir sportif de haut niveau et de se battre pour son pays. C'est quelque chose d'unique. Dans les autres pays scandinaves, c'est déjà différent. La Finlande, pourtant un grand pays de sports d'hiver, n'a eu que cinq médailles et la Suède n’est actuellement pas bien meilleure que nous.

Il y a quatre ans, nos athlètes féminines avaient remporté quatre médailles d'or. Cette fois-ci, seule Olivia Nobs a obtenu le bronze. Pourquoi nos athlètes sont-elles moins fortes?

Je vous avouerai que, pour l’instant, je n'en ai aucune idée. Je ne sais pas si cela est dû au hasard ou si notre sport féminin a été quelque peu négligé ces dernières années. Nous devons analyser cela avec les fédérations.

Des neuf médailles suisses, huit ont été remportées par Swiss-Ski et une seule, celle de bronze en curling, par une autre fédération. Est-ce que Swiss-Ski a mieux travaillé que les autres fédérations?

C'est possible. Si l'on considère le nombre de places de podium que les bobeurs ont réussies la saison passée, on ne peut effectivement être que déçu. Les conditions de la piste ont assurément joué un rôle et il peut toujours arriver que la réussite nous fuie. L'équipe autrichienne masculine de ski alpin, par exemple, est repartie les mains vides malgré son énorme potentiel. Cette fois-ci, la même chose est arrivée à nos bobeurs, pour la première fois depuis 46 ans. Et je prétends même que cela leur fera du bien. Le bob suisse va faire une cure de jouvence. Il faut de temps en temps un échec retentissant pour que certaines personnes se mettent à réfléchir autrement. Il en est allé de même avec le ski alpin. Les CM de Bormio, en 2005, ont joué ce rôle de détonateur. Le résultat? Nos skieurs alpins ont fait deux médailles d'or. Parfois, cela fait du bien de prendre ce genre de claque.

Pour progresser, il faut réaliser encore plus d'efforts, dites-vous. Où nous situerons-nous dans quatre ans, à Sotchi, en termes de médailles?

Nous resterons approximativement à la même place. La concurrence ne dort pas. Certains pays, en particulier de l'Est, font de très gros efforts. Jusqu'à très récemment, on n’entendait pas parler des Kazakhs et, aujourd'hui, ils sont eux aussi candidats à des médailles. Nous devons continuer à viser entre 10 et 12 médailles. Mais, dans quatre ans, nous n'aurons sans doute plus la chance d'avoir un Simon Ammann. Il ne sera pas facile de le remplacer aussi rapidement. Notre but doit être de continuer à chercher cette huitième place au classement par nations et, peut-être, de nous améliorer encore un peu. Ce serait fantastique de réitérer à Sotchi la performance de Turin 2006.

Peter Frei (Si), Swiss Olympic

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