Il y a des moments, dans la vie d’un sportif de haut niveau, que l’on peut sans conteste qualifier de décisifs, où la suite de sa carrière peut basculer dans un sens ou dans l’autre. Le 11 août 2008 a été pour moi un tel moment.
Selon le plan de route prévu, j’aurais du me qualifier facilement pour la demi-finale de canoë-kayak lors de l’épreuve de slalom en eau vive des Jeux Olympiques de Pékin. Mais, au lieu de me battre pour une médaille, la compétition s’est achevée, pour la première fois pour moi lors d’une grande manifestation, au stade des qualifications déjà. En Chine, seul mon élimination a été réussie, et encore. Vraiment, j’aurais eu suffisamment de raisons de jeter ma pagaie dans un coin du centre de canoë de Shunyi et de l’y oublier une fois pour toutes.

Aujourd’hui, deux bonnes années plus tard, je suis heureux de ne pas l’avoir fait. C’est un phénomène intéressant, mais, pendant longtemps, on n’a fait que me demander pourquoi je ne jetais pas l’éponge puisque je passais par des moments très difficiles, du moins sur le plan sportif.
Fort heureusement, il n’y a plus eu de ces remarques plutôt critiques, ces derniers temps. Ces cinq derniers mois ont été, je peux l’affirmer en toute tranquillité, les plus réussis de toute ma carrière. Qu’importe mon résultat cette semaine lors des CM en Slovénie, avec ma deuxième place au classement général de la Coupe du monde, je serai un des rares canoéistes à être monté plusieurs fois sur le podium cette année lors de grandes compétitions internationales. Et, lorsque l’on évoque les favoris des CM, ici en Slovénie, je suis tout à coup à nouveau cité parmi les meilleurs. Si quelqu’un me l’avait prédit au début de cette année, j’aurais eu de la peine à le croire.
Non que je ne croie pas en moi. Mais, depuis Pékin, mon horizon sportif ne s’annonçait plus aussi radieux. Après une nécessaire remise en question post-olympique, j’avais retrouvé une motivation nouvelle en vue de Londres 2012 lorsque, l’année passée, j’ai attrapé une mononucléose infectieuse qui m’a fait manquer la plus grande partie de la saison. Par-dessus le marché, je n’avais plus d’entraîneur, ni suffisamment de soutiens financiers pour continuer à pratiquer mon sport.
Mais, après mon amère déception de Pékin, j’ai fait de nécessité vertu et j’ai présenté régulièrement des conférences sur le thème de « La réussite par la défaite », dans lesquelles j’essayais, sur la base de mon expérience sportive, de montrer à des hommes d’affaires comment un échec peut permettre de mieux rebondir par la suite. Ce faisant, je souligne toujours l’importance de la responsabilité personnelle dans le monde du sport de haut niveau. Comme j’ai l’habitude de le dire à mes auditeurs, « je suis responsable pour que tous les facteurs sur lesquels il est possible d’influer soient influencés de la bonne manière. »

Tenir des discours est une chose, assumer cette responsabilité en est une autre. Dès lors, il me revenait de donner l’exemple et de montrer ce que mon sens de la responsabilité valait. Si je veux que ma troisième participation à des Jeux Olympiques, à Londres en 2012, soit couronnée de succès, je dois pouvoir disposer d’un environnement professionnel. Etant donné que ma fédération n’a pas pu m’en proposer un cette saison, j’ai mis sur pied mon équipe personnelle. A titre privé, j’ai engagé, entre autres, mon ancien entraîneur national Ludovic Boulesteix et je me suis entraîné, en dehors de l’équipe nationale, principalement avec la crème de l’élite mondiale et ai financé presque toute la saison de ma propre poche.
Et, effectivement, cette préparation individuelle a payé. Incroyable mais vrai, il ne m’a fallu que trois mois pour revenir de la 40e place dans les dix premiers du classement mondial. Dès lors, je peux continuer à parler en toute bonne conscience de l’importance de la responsabilité personnelle dans mes présentations. Grâce au « Swiss Olympic Athlete Career Programme », j’ai en outre réussi à obtenir une situation professionnelle idéale grâce à un emploi à temps partiel dans le domaine du marketing, ce qui sera très précieux pour mon avenir.
Malgré le retour durable de la réussite sportive, la question du financement de mon projet personnel continue à me causer régulièrement des soucis. La voie dans laquelle je me suis lancé n’est certainement pas facile, mais c’est la bonne. Et d’ailleurs, qui a jamais prétendu que ce serait facile ?
Le canoéiste Mike Kurt est Swiss Olympic Top Athlete. Aux CM de Tacen (Slovénie) qui viennent de s’achever, il a manqué un résultat de premier plan suite à une erreur de porte.
Mike Kurt en route pour le podium lors de la Coupe du monde de Prague – voici la vidéo.