19. août 2011, philipp furrer

« Plus on s’entraîne, plus on augmente ses chances »

Vainqueur des Championnats grecs en 2004 et des Championnats d’Amérique du Sud en 2010, il passe plus de deux tiers de l’année à l’étranger et se considère comme un Suisse très sérieux. Son objectif est de décrocher, enfin, une médaille à Londres à l’occasion de sa quatrième participation à des Jeux Olympiques : il s’agit du navigateur Flavio Marazzi.


Flavio Marazzi et Enrico De Maria. Photo : Keystone

Le vent et l’eau… Il y a 26 ans, lorsque son père l’a emmené pour la première fois sur un voilier, le garçonnet alors âgé de six ans s’est pris d’affection pour ces éléments, qui n’auront dès lors de cesse de gagner en importance dans sa vie. Aujourd’hui, Flavio Marazzi a intériorisé le vent et l’eau, ressent les plus infimes nuances dans les vagues, perçoit les signes d’un changement avant même qu’il ne se produise.

Des étoiles dans les yeux

Une personne est forgée par ce qu’elle entreprend chaque jour. Comme Flavio Marazzi a appris à comprendre sans parole, il est lui-même un homme peu bavard. Pour mieux le connaître, il faut prendre son temps et ne pas le brusquer. Multiple participant aux Jeux Olympiques, le navigateur répond de manière hésitante tout en jouant avec son café, qu’il prend noir, sans lait et sans sucre. A-t-il la réserve caractéristique des navigateurs ou aime-t-il simplement répondre de manière réfléchie ? Peut-être est-il même un peu timide ?
Toutefois, dès que la discussion tourne autour de la voile, ses yeux bruns s’illuminent et son visage esquisse un sourire. Il ressort clairement qu’il s’agit là de son domaine, du monde où il se sent à l’aise.


Flavio Marazzi et Enrico De Maria. Photo : Keystone

De compter les carreaux à dompter les vagues
 
Pendant longtemps, la voile n’est restée qu’une activité accessoire dans la vie de Flavio Marazzi. Il s’y adonnait parfois le week-end et durant les vacances. Jusqu’à l’âge de quinze ans, il a d’ailleurs passé davantage de temps dans les piscines à pratiquer la natation à haut niveau. « Puis est venu un jour où j’en ai eu assez de compter les carreaux et d’être dans des bassins », se souvient le Bernois. Il était en outre de plus en plus difficile pour lui de concilier le volume de ses entraînements de natation avec sa formation scolaire. C’est ainsi qu’il a répondu à l’appel du grand air : ressentir la nature, un choix qui lui a tout de suite mieux convenu.

Un départ en flèche peu courant

Flavio Marazzi n’a pas attendu d’avoir 15 ans pour être conquis par la voile : son père, lui-même un navigateur chevronné, a disputé avec lui les Championnats du monde de Star à Cannes (France) en 1991. « A l’époque, la convivialité et le fait de se mesurer à des concurrents du monde entier m’ont fasciné ; cette fascination ne m’a d’ailleurs plus jamais quitté. » De fil en aiguille, Flavio Marazzi, alors âgé de seize ans, décide de se lancer dans la voile de compétition avec son frère Renato. Sûrs d’eux et ambitieux, les jeunes frères Marazzi ont directement intégré la classe olympique Star. « J’ai aussi concouru dans la classe Optimist (ndlr : la classe Optimist est la catégorie d’entrée classique), mais je n’ai pas aimé faire de la voile en solitaire. Evoluer dans la classe Star est un défi bien plus passionnant ! » Dans cette catégorie, tout devait concorder et fonctionner, et ce « plus » est encore quelque chose qu’il recherche aujourd’hui et dont il a besoin pour progresser.

Un novice face à des navigateurs chevronnés

Il n’a pas fallu beaucoup de temps à Flavio Marazzi pour progresser. Malgré son statut de novice de 18 ans, peu expérimenté et doté de connaissances limitées en voile, qui plus est avec peu d’entraînement, il est tout de même parvenu à réaliser des résultats respectables avec son frère. Déjà à l’époque, Flavio Marazzi, toujours prévoyant et à l’affût de nouvelles idées, savait s’entourer des bonnes personnes et maintenir en parallèle une certaine constance au sein de son équipe. Il a notamment pris l’entraîneur de voile expérimenté Jean-Claude Vuithier à son bord, lequel ne devait plus quitter l’équipe pour plus de dix ans.


Flavio Marazzi et Enrico De Maria. Photo : Keystone

Un manuel à l’université

Un an avant les Jeux Olympiques de 2000 à Sydney, le jeune homme, sa maturité en poche depuis peu, s’est octroyé une période sabbatique pour se préparer à cette importante manifestation. En terminant 15e, l’équipe a réalisé qu’avec une meilleure préparation elle serait capable de décrocher un score bien plus élevé. Mais avant cela, Flavio Marazzi devait encore passer par la case université. Aujourd’hui, son diplôme de juriste en poche, le navigateur n’est pas sûr d’avoir fait le bon choix de formation : « Après coup, je me dis que j’aurais peut-être mieux fait d’accomplir un apprentissage. Je suis un manuel et je ressens le besoin de travailler avec mes mains ; j’en retire davantage de satisfaction. »

Flavio Marazzi n’hésite d’ailleurs pas à s’occuper de son propre bateau. « Je fais le plus possible de choses moi-même. » Pour les opérations plus délicates, Flavio Marazzi travaille depuis des années avec le même constructeur naval sis au bord du lac de Thoune. « Nous sommes l’une des rares équipes à utiliser un bateau qui vient pratiquement intégralement du même endroit et à connaître chaque composant dans ses moindres détails », se réjouit ce perfectionniste, non sans fierté.

Deuxième et troisième participations aux Jeux Olympiques

Après avoir décroché une quatrième place aux Jeux Olympiques de 2004 à Athènes avec son équipier d’avant Enrico De Maria, Flavio Marazzi est plus déterminé que jamais à tout donner : « J’ai depuis toujours fait preuve de persévérance pour rester au sommet. »  Concrètement, Flavio Marazzi et son coéquipier Enrico De Maria ont ainsi décidé de passer professionnels afin de se préparer au mieux pour les Jeux Olympiques de 2008 à Pékin. « En voile, il y a beaucoup de facteurs sur lesquels on ne peut pas influer directement et qu’il est impossible de planifier », observe le navigateur. Il reste néanmoins convaincu d’une chose : « Plus on s’entraîne, plus on augmente ses chances ! »

Cap sur Londres 2012

A Pékin, c’était malheureusement « seulement » la cinquième place qui les attendait, à nombre de points égal avec les quatrièmes. Avec Londres 2012, Flavio Marazzi va saisir sa quatrième chance de décrocher une médaille. Le novice d’alors qui défiait les navigateurs chevronnés est entre-temps lui-même devenu un professionnel expérimenté. Après des débuts détendus et parfois chaotiques en voile, il a progressivement développé le « système Marazzi ». « J’essaie de contrôler le plus de choses possible ». Avec les années, chaque moindre détail sur le bateau, chaque mouvement lors des manœuvres a été peaufiné. A de nombreux niveaux, il est un vrai Suisse ultra sérieux.
Depuis quelque temps, Leo Held, le réputé entraîneur de judo, a lui aussi rejoint l’équipe. « Bien que Leo ne connaisse pas grand-chose à la voile, il sait exactement comment décrocher des médailles olympiques, comment former une équipe et quel mental il faut avoir pour disputer une compétition », explique Flavio Marazzi. Comme toutes les équipes de voile ont désormais un matériel similaire, il a fallu trouver un moyen pour se démarquer à d’autres niveaux.

Flavio Marazzi et Enrico De Maria ont déjà navigué plus de cent jours à Weymouth, le site des compétitions de voile des Jeux Olympiques de 2012 à Londres. « Cela fait trois ans que nous apprivoisons cet endroit et tentons d’en comprendre les vents, les vagues et les courants ». En tant que navigateur, il faut apprendre à aimer le site de compétition afin d’intégrer les conditions locales. En toute logique : plus on s’entraîne, plus on a de chances de gagner !

Encadré
Nom : Flavio Marazzi
Date de naissance : 7 février 1978
Domicile : Berne
Club de voile : Thunersee Yacht Club & Gstaad Yacht Club
Hobbies : famille, cyclisme, aviron
Famille : marié à Anouk, deux enfants
Palmarès : 3 participations aux Jeux Olympiques en Star, quintuple champion du monde en 5.5M JI, double vice-champion du monde de Star, champion d’Europe, champion d’Amérique du Sud, sextuple champion suisse

 

Dans le cadre de la série « Road to London », nous accompagnons cinq sportives et sportifs en route pour les Jeux Olympiques de Londres.

D‘autres contributions sur Flavio Marazzi & Enrico De Maria

Egalement dans la série « Road to London » :

Irene Pusterla

Nicola Spirig

Ralph Näf

Stanislas Wawrinka

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