9. mars 2011, manuela.ryter

« L’entretien » avec Didier Défago: « Ma blessure m’aura au moins permis de digérer ma victoire aux Jeux Olympiques »

Il y a une année, Didier Défago remportait la médaille d’or en descente aux Jeux Olympiques d’hiver 2010 de Vancouver. Dans l’entretien qui suit, le skieur de Morgins, qu’une blessure au genou a empêché de disputer la saison 2010-2011, explique l’importance que revêt pour lui ce titre olympique.

Didier Défago, il y a une année, vous reveniez de Vancouver couronné d’or. Quel est le souvenir qui vous a le plus marqué ?

A coup sûr, la cérémonie de remise des médailles. J’ai croisé le regard de mon frère, le seul membre de ma famille qui a pu se rendre à Vancouver, cela a été un moment d’émotion très intense. Mais je n’oublierai non plus jamais les autres fêtes et cérémonies comme la réception à l’aéroport de Zurich ou la grande fête organisée en mon honneur par la commune de Morgins.


                                                                                                                  Photo : Keystone

La Suisse a dû attendre 22 ans avant de remporter à nouveau, grâce à vous, l’or dans la descente olympique, la discipline reine. Quelle part joue le hasard dans l’obtention d’un titre olympique ?

Il est évident que les meilleurs se tiennent de très près. A Vancouver, le sixième de la descente n’avait que quatre dixièmes de retard sur moi. Bien sûr, il faut toujours avoir un peu de chance, mais il faut être au sommet de sa forme au bon moment et être convaincu d’avoir fait tout juste sur le plan de la préparation physique et de disposer d’un matériel optimal. Il suffit d’un rien pour que tout bascule, la chance et la malchance sont tellement proches l’une de l’autre…

Avez-vous rapidement remis les pieds sur terre ?

Relativement rapidement. Je voulais continuer sur ma lancée, et donc tourner aussi vite que possible la page sur cette victoire olympique pour aller de l’avant et me concentrer entièrement sur la nouvelle saison. Je me suis dit que ce titre olympique était acquis à jamais, que je pourrais le savourer aussi plus tard. Et je me suis blessé, et ma saison a été terminée avant même d’avoir commencé. Mais cette blessure à eu au moins ceci de bien que j’ai eu le temps de revenir sur ce qui s’est passé à Vancouver et de digérer ma victoire. Les meilleurs moments sont gravés dans ma mémoire et ils m’aideront à aller de l’avant dans les moments difficiles.

Quel effet a eu cette blessure, survenue après votre titre olympique, sur votre carrière ?

Sur le plan sportif, je n’ai pas vraiment pu profiter de l’élan apporté par cette médaille et ma forme olympique. C’est dommage, bien sûr, mais je préfère m’être blessé après les JO plutôt qu’avant. En plus, j’ai très vite réalisé que ma blessure avait aussi un côté positif, puisqu’elle m’a laissé le loisir de récupérer et de passer du temps en famille: c’est la première fois que j’ai pu passer les Fêtes de fin d’année au bord de la mer ! Et, comme je l’ai déjà dit, j’ai pu digérer ce titre olympique. Mais ce sera dur de retrouver le rythme de la course.

Et où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je vais très bien ! En avril, je pourrai remettre les skis. Je m’en réjouis déjà ! Ma condition physique est bonne et j’ai aussi de nouveau plus de force au niveau du genou. Pour le moment, tout baigne !


                                                                                                                 Photo: Keystone

Que représente cette médaille olympique pour vous, aujourd’hui ?

Enormément de choses ! Cette médaille a été une belle récompense. Pour le temps et pour l’énergie que j’ai investis dans le sport. Mais elle a aussi représenté beaucoup pour mon entourage : pour mes parents qui m’ont permis de suivre cette voie ; pour ma femme et mes deux enfants qui doivent organiser leur vie en fonction de ma carrière afin que je puisse m’entraîner de manière optimale ; pour mes entraîneurs, qui travaillent pour nous toute année et qui ne comptent pas leurs heures pour pouvoir nous proposer des conditions parfaites ; et enfin, pour mes sponsors, qui m’ont soutenu depuis que je suis jeune, aussi bien sur le plan financier que moral.

Votre vie a-t-elle changé après ce titre olympique ?

Oui, un peu. Avant tout depuis ma blessure, j’ai été très sollicité vu que, de toute manière, je ne pouvais rien faire sur le plan sportif. Du coup, j’ai eu de nombreuses demandes et j’ai participé à de nombreux événements. Mon manager a gardé la situation sous contrôle et j’ai volontiers répondu aux attentes de mes sponsors. Après tout, ils me permettent de vivre et il est important pour eux d’avoir un retour sur le plan médiatique. En tant que sportif, et qui plus est en tant que champion olympique, il est normal d’attirer l’attention des médias.

Vous êtes devenu encore plus connu avec cette médaille. Avez-vous ressenti un changement important sur ce plan ?

Les gens me reconnaissent plus facilement. Quand on fait un sport au plus haut niveau, on ne cherche pas forcément la célébrité, mais elle fait aussi partie du jeu. Et, pour un skieur, c’est toujours agréable lorsqu’on parle de ski. Et c’est d’ailleurs mon but : je veux que le ski redevienne populaire et que la nouvelle génération veuille en faire. Pour moi, personnellement, j’ai très rapidement retrouvé ma vie de tous les jours, je suis allé de l’avant. Mais pour mes proches, cela a été plus difficile. J’ai même dû changer de numéro de téléphone pour que les gens cessent de me relancer à la maison.

Avez-vous ressenti davantage de respect de la part des autres athlètes ?

Non, pas particulièrement. On se connaît si bien entre nous que cela n’a rien changé.

Et en termes de sponsoring, quelles ont été les retombées de cette médaille d’or ?

Mes sponsors principaux, Ochsner Sport et Rossignol, continueront à me soutenir. Sinon, je ne me suis engagé qu’avec deux nouveaux parrains. J’aurais pu faire de la publicité pour des centaines d’entreprises, mais qu’est-ce que cela aurait rapporté de plus ? Pour chaque sponsor, je dois être disponible un certain nombre de jours et il faudrait quand même que je m’entraîne aussi, non ?


                                                                                                                Photo : Keystone

Vous avez aussi créé votre propre vin avec la « Réserve du Champion Olympique ». Avez-vous entrepris d’autres efforts pour faire fructifier votre médaille ?

J’ai créé la marque Didier Défago et une collection de vêtements en collaboration avec Ochsner Sport. Avec « Carbon 14 », mon sponsor montre, nous allons bientôt sortir une édition limitée. Et nous continuerons à produire du vin. Ce dernier s’est vendu bien mieux que prévu : en deux mois, le blanc était entièrement écoulé ! Il est important pour moi de prendre le temps de bien faire les choses – c’est la clé du succès.

Selon vous, quelle est la valeur d’une médaille olympique sur le plan financier ? Avez-vous pu la transformer en espèces sonnantes et trébuchantes ?

Cette médaille a été ma première médaille lors d’un grand rendez-vous sportif. Je ne peux pas dire si elle a été payante du point de vue financier.

Et si on vous parle de Sotchi 2014 ?

J’y serai ! Je l’avais décidé déjà même avant les Jeux de Vancouver : Sotchi sera mon dernier grand objectif !

Une dernière question : qu’est-ce que cela signifie pour vous que d’avoir été immortalisé sur le « Walk of Fame » devant la Maison du Sport d’Ittigen ?

Je ne le savais même pas ! Mais bien sûr, c’est magnifique. Remporter la descente olympique après 22 ans de disette pour la Suisse, c’est quelque chose de très spécial. Et c’est très beau qu’il en reste un souvenir durable. A Morgins par exemple, un monument a été érigé sur la place du village en l’honneur de ma victoire olympique. Cela n’a pas d’utilité concrète, mais cela restera. C’est ainsi qu’on rentre dans l’histoire !

Didier Défago a remporté la descente olympique lors des Jeux de Vancouver 2010, la première médaille d’or pour la Suisse dans cette discipline depuis 22 ans ! En tout, les Suisses ont remporté six médailles d’or et trois médailles de bronze aux JO de Vancouver. Où en sont nos champions olympiques une année après leurs exploits ? Outre la gloire et la célébrité, que leur a apporté leur médaille ? Ont-ils bénéficié de retombées financières intéressantes ? Nous reviendrons sur ces questions dans notre série de blogs « L’entretien ».
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