18. mars 2011, swiss.olympic

« Le sport était ma drogue »

Anna Bürgi a vécu durant dix ans pour le unihockey. Après son retrait du sport d’élite au printemps dernier, elle a dû réorganiser sa vie et chercher d’autres voies lui permettant d’aller physiquement au bout de ses limites.

Anna Bürgi, jusqu’au printemps 2010, vous étiez une joueuse professionnelle de unihockey. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous retirer ?

Durant mes dix années de pratique du sport d’élite – et surtout ces deux dernières années – j’ai pris conscience du fait qu’il y avait aussi une vie à côté du sport. Le mouvement constant, la lutte collective, l’esprit d’équipe, les poussées d’adrénaline et les performances de haut niveau qu’il faut fournir représentent certes une part très importante dans la vie d’un sportif, mais relèguent en grande partie les amis, la famille et d’autres loisirs au second plan. La diversité tant au niveau sportif que non sportif et le fait de pouvoir être flexible pour des rendez-vous non sportifs m’ont manqué ; c’est pourquoi j’ai commencé à me préparer à mon retrait une année avant d’arrêter.

  
Anna Buergi jusqu'à 2010...                ...et aujourd'hui comme physiothérapeute.

En disant adieu à la compétition, de quoi vous êtes-vous le plus réjouie ?

Je me réjouissais surtout de pouvoir aller au cinéma le lundi ! Je suis une grande amatrice de films, mais nous avions toujours l’entraînement le lundi et je ne pouvais donc presque jamais profiter du prix avantageux des billets ce soir-là.

Et à l’inverse, de quoi aviez-vous peur ?

J’avais peur de m’ennuyer de mes coéquipières. Je m’étais entraînée durant des années avec les mêmes personnes. Puis soudain, ces dernières n’étaient plus dans ma vie et disposaient de tout aussi peu de temps pour sortir que moi auparavant à cause des entraînements. De plus, je n’arrivais pas à imaginer ce qu’on pouvait faire avec autant de temps libre. Mais cette peur s’est vite estompée, mon agenda s’étant très vite rempli.

Comment et combien de temps après votre retraite sportive avez-vous trouvé un emploi ? Et dans quel domaine ?

Durant ma carrière de sportive, j’ai suivi des études de physiothérapeute. Juste après avoir terminé ma formation – et par conséquent encore durant ma carrière de unihockey – j’ai trouvé une place temporaire en tant que physiothérapeute à l’hôpital de Männedorf où j’avais au préalable effectué un stage. Depuis, j’ai trouvé du travail dans deux cabinets de physiothérapie à Zurich, et ce à un pourcentage de 90 % afin que je puisse faire encore beaucoup de sport à côté.

Aviez-vous déjà envisagé votre reconversion avant votre retraite sportive ?

Oui, heureusement. Je me suis préparée mentalement à cela durant toute une année. Pour tout ce que j’ai entrepris l’année dernière (entraînement d’été, camp d’entraînement, repas de Noël avec l’équipe, play-offs), je me disais : « c’est la dernière fois, profites-en ! ». Et ainsi, ça s’est très bien passé.


Les emotions du sport...

A quels problèmes avez-vous été confrontée pendant et après votre retrait de la compétition ?

A l’organisation de la vie quotidienne. Auparavant, je n’avais jamais besoin de réfléchir à la destination de mes vacances d’été, je n’en avais pas. De même, je n’ai guère pu entretenir d’amitiés profondes durant ma carrière, du fait que je n’avais simplement jamais de temps. Après mon retrait de la compétition, l’absence d’efforts physiques m’a également posé problème. Le sport était ma drogue et n’a pas pu être si simplement remplacé. J’étais vraiment hyperactive et les entraînements me manquaient. C’est pour cette raison qu’après avoir terminé ma carrière, je me suis mise à prévoir presque davantage d’activités qu’auparavant. VTT, jogging, roller, natation, badminton : je voulais tout faire, si possible chaque jour. Je cherchais d’autres moyens d’atteindre les limites de mon corps. Après six mois, les choses se sont alors petit à petit stabilisées.

Dans quelle mesure votre environnement a-t-il changé après votre retraite sportive ?

Aujourd’hui, je peux participer plus souvent aux réunions de famille, c’est agréable ! Je dispose également de plus de temps pour les amis, même si j’aimerais autant que possible les voir dans le cadre d’activités sportives. Je suis plus flexible au niveau du temps, je ne dois plus renoncer au repas de Noël de l’entreprise, je peux de nouveau me rendre plus souvent au cinéma, etc. Et depuis cette saison, je suis la physiothérapeute de mes anciennes coéquipières. De cette manière, je peux continuer de profiter de ces amitiés aujourd’hui encore, bien que de façon moins intense.

Quelle importance votre réseau sportif et vos expériences de sportive d’élite ont-ils revêtu dans votre recherche d’emploi ?

Ils ont été très importants ! En tant que physiothérapeute, je côtoie tous les jours des sportifs et mon expérience est alors très précieuse. Et j’ai pu faire marcher mes relations lors de ma recherche d’emploi. C’est mon ancienne physiothérapeute au sein de l’équipe nationale qui m’a présenté mon chef actuel. De plus, je m’occupe désormais de mon ancienne équipe de unihockey.

De quelles qualités propres à une sportive d’élite tirez-vous profit encore aujourd’hui ?

La force mentale dans des situations critiques. Je crois que je peux garder mon sang-froid plus longtemps que d’autres personnes. La ténacité et l’ambition pour atteindre un objectif me sont restées ; je ne renonce pas tant que je n’ai pas atteint mon objectif. J’ai également une bonne aptitude à travailler en équipe.

Aujourd’hui, quelle importance le sport a-t-il dans votre vie ?
Je vis toujours pour le sport ! Sans lui, je ne suis rien. Lorsque j’ai une baisse de moral, je fais du sport et les soucis se dissipent aussitôt.


Portrait
Nom: Anna Bürgi
Age : 29
Spécialité sportive : unihockey (de 2001 à 2010)
Meilleurs résultats : champion du monde 2005, 2ème rang championnat du monde 2009, champion de la Coupe d'Europe (UHC Dietlikon) 2007 et 2008; champion suisse 2003, 2006, 2007, 2008 et 2009; champion de la Coupe de Suisse 2002, 2006, 2008 et 2009.
Formation : formation de physiothérapeute, détaillante, employée de commerce
Profession : physiothérapeute

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