7. juin 2011, swiss.olympic

« Le sport, c’est toujours ma vie ! »

Bruno Kernen a participé à sa première course de Coupe du monde en 1990 et s’est retiré de la scène professionnelle en 2007. Si sa carrière de skieur est terminée, le sport fait toujours partie de sa vie. Bruno Kernen est aujourd’hui copropriétaire de l’entreprise de conseils GFC Sports Management AG et travaille pour la Schweizer Fernsehen en tant que caméraman embarqué.

Bruno Kernen, jusqu’en 2007, vous étiez skieur professionnel. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous retirer ?

En 2007, j’ai fait une chute assez violente lors de la finale de la Coupe du monde à Lenzerheide. Je me suis fracturé le nez en trois endroits, ai souffert d’une commotion cérébrale et me suis rompu les deux genoux. Je n’ai pas pris trop au sérieux mes blessures aux genoux, car avant cette course, j’avais déjà été opéré 13 fois du genou gauche. J’ai ensuite commencé les séances de rééducation et ai rapidement remarqué que quelque chose n’allait pas avec mon genou droit. Après une nouvelle arthroscopie, mon médecin a décelé un trou dans le cartilage. Ce trou rendait tout entraînement intensif impossible, si bien que je n’ai eu d’autre choix que d’arrêter le sport d’élite.


Bruno Kernen avec une caméra casque (photo : SRF/Valeriano Di Domenico/EQ Images)

En disant adieu à la compétition, de quoi vous êtes-vous le plus réjoui ? Et à l’inverse, de quoi aviez-vous peur ?

Durant toute ma carrière, j’ai cru qu’une chose ne me manquerait certainement pas une fois ma retraite prise : attendre dans la maison de départ, sentir la pression et l’adrénaline qui envahit tout votre corps lorsque la tension vous coupe le souffle juste avant la course. A vrai dire, ce n’est pas tant le sport d’élite et les compétitions qui me manquent, mais plutôt, à ma plus grande surprise, ce sentiment que je viens de décrire et que, pourtant, je détestais.

Comment et combien de temps après votre retraite sportive avez-vous trouvé un emploi ? Et dans quel domaine ?

Les contrats que j’ai signés en tant que skieur professionnel restaient valables à la fin de ma carrière. Cela m’a permis d’être indépendant financièrement et de suivre une formation continue ou, parfois, de ne rien faire du tout. J’ai participé à ma première course de Coupe du monde en 1990 et j’ai skié jusqu’en 2007 ; ma carrière a donc été longue. Ensuite, je me suis laissé deux ans pour me réorienter. Exactement deux ans et deux semaines plus tard, j’ai appris que l’entreprise GFC Sports Management AG était à reprendre. Après quelques entretiens, il est vite apparu clairement que mon associé et moi-même voulions reprendre les rênes de cette société.

Aviez-vous déjà envisagé votre reconversion avant votre retraite sportive ?

Oui, j’y avais déjà pensé. Je réfléchissais toujours aux options qui pourraient se présenter à moi. Qu’est-ce que je sais faire ? Qu’est-ce que je veux faire ? Malgré toutes ces questions, j’ai quitté le sport d’élite sans avoir d’idée claire sur le sujet. J’ai compris que j’avais gaspillé beaucoup d’énergie pour rien.


Bruno Kernen (à droite) avec la médaille de bronze, Jeux olympiques Turin 2006 (photo : Swiss Olympic)

A quels problèmes avez-vous été confronté pendant et après votre retrait de la compétition ?

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il s’agissait d’un problème mais je pense toujours, un peu cynique : « Après presque 20 ans de vacances au ski, je travaille enfin pour la première fois de ma vie… ». La reconversion après la retraite n’est pas aisée : il ne faut pas la sous-estimer. Si on adopte le bon état d’esprit, cependant, cette nouvelle mission se transforme en défi positif ; un défi que j’ai recherché consciemment et qui me motive encore aujourd’hui !

Et comment avez-vous vécu le fait d’avoir soudain beaucoup plus de temps libre ?

Plus de temps libre ? Malheureusement, ce n’est pas le cas… :-)

Comment votre corps a-t-il réagi ?

Mes genoux sont en piteux état, mais, malgré tout, quand je regarde en arrière, je me dis que je referais tout exactement de la même façon.

Dans quelle mesure votre situation financière a-t-elle changé depuis votre retrait ?

Si l’on occupait une certaine position dans la Coupe du monde, on pouvait évaluer assez précisément le montant net de ses gains jusqu’à la fin de l’année. Et si l’on gagnait en plus une course, on pouvait compter sur des primes très attrayantes en sus. Aujourd’hui, les sportifs doivent en fait fournir des performances beaucoup plus grandes sans pour autant pouvoir atteindre le niveau d’autrefois. Mais, par chance, j’ai pu acheter la moitié de l’agence, ce qui m’a permis de faire d’autres plans pour l’avenir.

Dans quelle mesure votre environnement a-t-il changé après votre retraite sportive ?

Etant donné que je travaille pour l’entreprise GFC Sports Management AG et pour la Schweizer Fernsehen en tant que caméraman embarqué, mon environnement actuel est assez similaire à celui d’avant. La seule différence de taille est que je travaille à présent à Coire et que je vois ma famille et mes amis beaucoup moins souvent.

Quelle importance votre réseau sportif et vos expériences de sportif d’élite ont-ils revêtu dans votre recherche d’emploi ?

Pour un sportif d’élite, une des choses les plus importantes est de se constituer un réseau. Lorsque je regarde en arrière aujourd’hui, je me dis que j’aurais dû me montrer plus systématique dans ce domaine. En tant que sportif, on rencontre beaucoup de personnalités intéressantes, pour ne pas dire captivantes. Au moment de me retirer, j’ai également songé à changer complètement de branche. Mais cette idée n’aurait pas été particulièrement intelligente car, aujourd’hui, je profite énormément de mon savoir-faire et du réseau qui entoure le monde sportif, et pas seulement au niveau du ski.

De quelles qualités propres à un sportif d’élite tirez-vous profit encore aujourd’hui ?

Se fixer des objectifs et poursuivre ceux-ci avec ambition et ténacité. Mais aussi composer avec des échecs et ne pas se laisser démonter, même lorsque tout joue contre soi. Enfin, ne pas se prendre trop au sérieux !

Aujourd’hui, quelle importance le sport a-t-il dans votre vie ?

Il a une grande importance même si j’ai changé de côté, ne serait-ce que parce qu’il reste mon métier. Le sport, c’est la fascination pure : il a forgé ma vie et lui a donné un but. Le sport, c’est toujours ma vie !

Portrait :
Nom : Bruno Kernen
Date de naissance : 01.07.1972
Spécialité sportive : Ski alpin (1990 à 2007)
Meilleurs résultats : champion du monde de descente en 1997, quintuple médaillé aux CM et aux JO
Formation : Höhere Wirtschaftsfachschule (haute école spécialisée d’économie)
Profession : manager du sport

Print this

Commentaires

Powered by BlogEngine.NET
Design de Philipp Furrer, Barbara Kohler et Andy Müller