27. janvier 2011, swiss.olympic

« J’ai toujours autant la défaite en horreur »

Après avoir décroché une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de 2008 à Pékin, le judoka Sergei Aschwanden s’est retiré de la compétition. Dans un entretien, il évoque avec nous sa reconversion professionnelle.


Image 1 : zvg, image 2 : Keystone

Sergei Aschwanden, vous avez été judoka professionnel jusqu’à la fin 2008. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous retirer ?

Le lendemain de ma médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin, j’ai ressenti comme une impression de vide, mais aussi une sensation de paix et de satisfaction. Dans un premier temps, j’ai pensé que c’était seulement la fatigue, car je n’avais pas dormi de la nuit. Mais cette sensation a perduré, même quelques mois plus tard. Je me suis laissé du temps pour être sûr de moi. Je me suis toujours dit qu’au moment où je ne serais plus prêt à me donner à 200 % au sport, il serait alors temps de m’arrêter. Et c’est ce que j’ai fait. Depuis ma retraite sportive, le sport de performance ne m’a pas manqué une seule seconde, et je suis plus qu’heureux et satisfait de tout ce que j’ai pu vivre.

En disant adieu à la compétition, de quoi vous êtes-vous le plus réjoui ? Et à l’inverse, de quoi aviez-vous peur ?

Je ne me réjouissais de rien en particulier, sauf de pouvoir passer davantage de temps avec mes proches et de poursuivre ma formation. Je n’avais pas peur, parce j’ai pu conclure ma carrière d’une façon que je n’aurais jamais pu imaginer. Et j’avais par ailleurs plusieurs projets sur les rails, et donc bien assez à faire !

Comment et combien de temps après votre retraite sportive avez-vous trouvé un emploi ? Et dans quel domaine ?

J’avais déjà commencé ma formation pendant ma carrière, aussi ma reconversion professionnelle s’est-elle déroulée sans problème. A vrai dire, je ne travaille pas encore tout à fait. J’étudie le sport et l’économie à l’Université de Lausanne, de façon à ce que je puisse plus tard travailler dans le domaine de l’administration sportive (par exemple chez Swiss Olympic, au CIO, à l’Office fédéral du sport). En marge de mes études, j’ai plusieurs activités. Ainsi, je suis directeur sportif de mon club de judo, le Mikami Judo Club à Lausanne, je participe à un projet social de la ville de Lausanne et du canton de Vaud dans le cadre duquel des enfants des écoles enfantines et primaires pratiquent une heure de judo par semaine, et je suis également conseiller auprès du CIO dans les domaines de la planification de carrière pour les sportifs, de l’« IOC Corner » et dans d’autres domaines où l’opinion d’un athlète peut être précieuse.

Aviez-vous déjà envisagé votre reconversion avant votre retraite sportive ?

Oui et j’avais d’ailleurs déjà entamé ma formation pendant ma carrière. Mon entraîneur Leo Held, toute mon équipe et moi-même avons toujours réfléchi à mon avenir après le judo. Avec Lena Göldi, nous avons eu la chance d’être soutenus par l’Office fédéral du sport (OFSPO) pour que nous puissions combiner sport et études.

A quels problèmes avez-vous été confronté pendant et après votre retrait de la compétition ?

J’ai la chance d’être épaulé par beaucoup de monde pour réussir au mieux mes études, de façon à ainsi pouvoir m’intégrer aussi rapidement que possible à la vie professionnelle. En Suisse, la difficulté réside dans le fait que les sportifs d’élite sont vite oubliés une fois qu’ils se retirent. C’est ainsi que vont les choses dans le sport. Néanmoins, il est tout de même problématique de constater à quel point les sportifs reçoivent peu de soutien financier ou logistique. Si un sportif ne prend pas les devants et ne s’informe pas de lui-même, il risque rapidement de se sentir délaissé. Par chance, je dispose d’un environnement formidable qui m’a donné les bons conseils pour réussir ma reconversion en douceur.

Et comment avez-vous vécu le fait d’avoir soudain beaucoup plus de temps libre ?

En vérité, j’ai beaucoup moins de temps libre maintenant que lorsque j’étais sportif d’élite. J’ai beaucoup à faire, parfois même trop. Mais je pense que cela fait partie du jeu. Je suis en pleine réorientation, et je me laisse volontairement plusieurs opportunités afin de pouvoir choisir ensuite ce qui me plaît le plus.

Dans quelle mesure votre environnement a-t-il changé après votre retraite sportive ?

Il a très peu changé. Par environnement, j’entends ma famille, ma copine, mes amis, mon manager, mes partenaires d’entraînement, mon physiothérapeute, mon médecin, mon conseiller psychologique, mon nutritionniste, mon entraîneur et mes coéquipiers. Au fil du temps, toutes ces personnes sont devenues mes amis, et je garde aujourd’hui encore de très bons contacts avec eux.

Quelle importance votre réseau sportif et vos expériences de sportif d’élite ont-ils revêtu dans votre recherche d’emploi ?

J’ai eu la chance (ou la malchance, selon comment on l’envisage) de pratiquer un sport que les médias suivent uniquement pendant les Jeux Olympiques. Je me suis toujours efforcé de rester moi-même et de donner le meilleur, et j’y suis la plupart du temps parvenu. J’ai ainsi rencontré des personnes intéressantes qui voyaient en moi un homme avant de voir un sportif. Par conséquent, mon petit réseau actuel privilégie l’amitié aux affaires. A mon sens, les jeunes sportifs devraient se concentrer sur le sport ; le reste suit ensuite automatiquement.

De quelles qualités propres à un sportif d’élite tirez-vous profit encore aujourd’hui ?

Selon sa personnalité, un sportif d’élite peut compter de nombreuses qualités. Discipline, ténacité, concentration, volonté, capacité à s’imposer, patience, capacité à gérer les échecs ou la pression, pour n’en citer que quelques-unes. Toutes ces vertus m’aident au quotidien, à l’université, dans ma profession et dans mes loisirs. Et j’ai encore conservé autre chose de mon passé de sportif : j’ai toujours autant la défaite en horreur, même si je ne participe plus que pour le plaisir.

Aujourd’hui, quelle importance le sport a-t-il dans votre vie ?

Le sport a été, est et demeurera toujours toute ma vie. J’aime le sport par-dessus tout ; il me rend heureux, triste ou furieux, et peut me faire pleurer ou rire. Rien ne fait naître en moi autant d’émotions que le sport. Et c’est pourquoi, toute ma vie durant, j’exercerai un emploi en rapport avec lui.

Portrait
Nom :
Sergei Aschwanden
Age : 35
Spécialité sportive : judo (de 1983 à 2008)
Meilleurs résultats : 2000 or aux CE, 2001 bronze aux CM, 2003 or aux CE et argent aux CM, 2008 bronze aux JO de Pékin.
Formation : étudiant à l’Université de Lausanne (sport et économie)
Profession : directeur sportif du Mikami Judo Club, professeur de judo, conseiller auprès du CIO

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