22. février 2011, manuela.ryter

« J’adore la vitesse !... »

En adaptant parfaitement la position de son corps à la luge sur laquelle elle est allongée Martina Kocher, « Swiss Olympic Top Athlete », atteint des vitesses approchant les 140 km/h. Et cette vitesse ne cesse de croître… A chacune de ses sorties, la Bernoise (25 ans) se rapproche un peu plus de l’élite mondiale.

Martina Kocher est jeune, belle et rapide comme l’éclair ! Allongée sur sa luge, elle descend le couloir de glace à plus de 100 km/h ! Si elle n’avait pas choisi ce sport, elle serait probablement devenue skieuse, voire motocycliste ou spécialiste de sport automobile. « Ce qui compte en effet pour moi aujourd’hui comme hier », sourit-elle, « c’est la vitesse !… »

Au cours de ses descentes, bien à plat sur sa luge, Martina Kocher se doit de réagir à l’accélération progressive par des mouvements précis et presque imperceptibles. « Je ressens pleinement cet accompagnement », explique la Bernoise en précisant l’extraordinaire sentiment qu’elle éprouve au cours d’une descente : « J’accompagne la pression exercée sur mon corps à chaque virage, et je m’en sers pour communier avec ma luge. Cela me permet de savourer – j’allais dire de déguster – pleinement, ainsi, la vitesse qui ne cesse d’augmenter… »

De l’ambition à revendre

Martina Kocher a pris place à la table d’un petit café du centre-ville de Berne. Elle aime la Vieille-Ville de la capitale. Ses ruelles et ses tonnelles. « Je pense que j’aurais beaucoup de peine à vivre ailleurs », sourit-elle. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir la bougeotte ! Dès l’âge de 15 ans et son choix de tout miser sur le sport, elle ne cesse de boucler ses valises. Officiellement, elle vit à Hinterkappelen, non loin de Berne. Militaire à temps partiel, elle a la possibilité de s’entraîner à Macolin. Depuis dix ans déjà, elle passe le reste de son temps de préparation au Centre sportif militaire d’Oberhof (Allemagne) en compagnie des lugeuses de ce pays. Par la suite, l’hiver venu, elle va de compétition en compétition ! Pour dire vrai, il est plutôt rare de la voir à Berne.

Un jour avant notre rencontre, Martina Kocher filait au Championnat du monde de Turin où elle s’est classée huitième (deuxième meilleur résultat de sa carrière à ce niveau). « J’ai d’abord été un peu déçue, murmure-t-elle car, à l’entraînement, j’avais acquis la conviction de pouvoir m’y classer entre la 4e et la 6e place. Mais 8e c’est vrai, ce n’est pas si mal que ça… Ah ! L’ambition… », chuchote-t-elle.

Kocher face à Goliath

Dans le monde de la compétition, c’est un peu comme si Kocher se trouvait face à Goliath ! Les Allemandes, ses compagnes d’entraînement, dominent en effet depuis longtemps le monde de la luge. Cela dit, vu sa position, Martina n’a pas l’impression de lutter « contre » elles, mais plutôt « avec » elles. « Elles sont à la fois mon équipe et mes amies, et je ressens les mêmes émotions qu’elles », insiste celle qui est d’ores et déjà considérée comme la spécialiste des départs rapides. « Mais, bien sûr, le jour où je serai en mesure de les battre, je ne vais pas me gêner… »

Ce moment va venir et il n’est peut-être pas loin ! A l’entraînement, il est déjà arrivé que Martina fasse la nique aux Allemandes. Et au mois de janvier, en prenant la 5e place des courses d’Oberhof comptant pour la Coupe du monde, elle a démontré qu’il faudrait bientôt sérieusement compter avec elle. Au plan technique maintenant déjà, elle n’a presque plus rien à apprendre des meilleures. Si elle avait dix kilos en plus, elle pourrait d’ores et déjà briguer le podium, comme c’était le cas chez les juniors. Pour être efficace, une lugeuse doit, en effet être à la fois grande, mince et lourde… Martina, elle, est grande, mince, mais trop légère : un poids plume en quelque sorte… Pour s’imposer, elle doit en outre mieux descendre encore et commettre moins de fautes. « Je sais, je sais : je dispose encore d’une importante marge de progrès », sourit-elle. Et c’est cette perspective, justement, qui lui sert de moteur. « Les médailles, on verra après… ». Trois années la séparent encore de Sotschi 2014. Si tout joue comme elle l’entend, ce seront ses troisièmes Jeux Olympiques…

Carrière possible grâce à l’Equipe allemande

Une chose est claire pour Martina Kocher : sans l’aide de l’Equipe allemande, elle ne serait pas là où elle est maintenant. Sur l’initiative de la Fédération internationale de luge de course (FIL), les nations les plus en vue dans la spécialité ont accepté de parrainer celles qui sont en devenir. Elles préparent ainsi, en quelque sorte, leurs propres adversaires de demain ! Martina, qui partage généralement sa chambre avec Tatjana Hüfner, championne olympique, bénéficie de son expérience aussi bien que de celle de toute l’Equipe allemande, à laquelle elle est intégrée ; de son savoir-faire également, de même que d’infrastructures de grande qualité. En Allemagne ce sport, apprécié et respecté, repose sur une solide tradition. De la relève, importante, émergent régulièrement de jeunes talents d’exception. Et dès qu’un talent est repéré, peu importe son âge, il/elle bénéficie immédiatement du système promotionnel mis en place par l’Etat ; un système efficace et hautement perfectionné », insiste-t-elle.

Dans le sport de luge, justement, il est indispensable de débuter très tôt. Il en va tout autrement en bob par exemple, où il n’est pas rare de voir un jeune homme faire ses débuts à l’âge de 25 ans et plus. La luge, elle, exige d’être dirigée avec une délicatesse extrême, et cette sensibilité ne s’acquière qu’au plus jeune âge. « Il suffit d’un léger mouvement de l’épaule pour faire réagir l’engin », explique Martina. Un peu comme dans le ski « sauf que chez nous en cas de chute, tout ne part pas dans tous les sens », sourit-elle. « La façon d’agir des organisateurs, avant l’accident tragique qui a endeuillé le début des Jeux Olympiques de Vancouver a été un exemple de négligence incroyable de la part des organisateurs. Nous avons été nombreux à les avertir du danger que représentait une piste alors trop rapide, et nous leur avons même fait des propositions d’amélioration... On ne nous a pas écoutés, et c’est bien regrettable… »

Entrée en pleurs dans le couloir de glace

En Suisse, la luge est un sport marginal. « Pour accéder à cette spécialité, il faut avoir des relations », dit Martina. En ce qui la concerne, elle a eu la chance d’avoir un père « bobeur », avant de devenir entraîneur des « lugeurs ». Un jour, alors qu’elle était âgée de neuf ans à peine, son père lui dit : « Si ça te fait envie, tu viens avec !… » Sur place, avec sa hargne habituelle, elle s’est écriée : « Je veux aussi !... » Et son père l’a prise au mot ! Ce même jour encore, il organisa une descente pour sa fille ! « Mais lorsque j’arrivai au haut de la piste, j’ai été littéralement prise de vertige et je me suis mise à pleurer… Je hurlais je veux plus, je veux plus !... » Mais son père ne l’entendit pas de cette oreille et, en l’allongeant sur la luge il lui dit : « fillette, tu l’as voulu, tu l’auras… ». Et il l’engagea dans le canal… « Pendant cette descente, mes larmes se sont progressivement transformées en perles de lumière… » raconte-t-elle. Et elle voulut même remettre ça… Dès ce moment, elle n’a plus jamais eu peur… La luge lui apportait comme une nouvelle vie !...

Cela dit, il n’est pas facile d’avancer dans ce sport en Suisse, et aujourd’hui encore, elle n’arrête pas de lutter pour sa carrière. Alors que tout est offert « comme sur un plateau d’argent » à son amie Tatjana Hüfner, Martina Kocher organise et établit elle-même son entraînement, son programme de compétition et son budget ! « Mais j’ai l’habitude et ça ne me gêne pas trop », insiste-t-elle avant de poursuivre : « Depuis que j’ai terminé mes études de sport, en 2009, j’alterne entraînement et travail. Ce n’est pas facile, mais un tel régime a aussi son côté positif… Il y a une vie après le sport, et je n’aurai pas l’impression de tomber des nues lorsqu’elle se présentera et que j’aurai à débuter une vraie profession… »

Octroi d’une aide accrue depuis Vancouver 2010

Cela dit, tout est malgré tout devenu plus simple pour Martina Kocher depuis les Jeux Olympiques de Vancouver 2010. « On me prend davantage au sérieux en Suisse aussi !... » Grâce au diplôme olympique conquis de haute lutte au Canada (à Turin, en 2006, il lui avait échappé pour 18 millièmes de seconde seulement !), elle a été promue « Swiss Olympic Top Athlete », ce qui lui vaut de bénéficier d’une aide financière.  Par ailleurs, l’ « Association suisse de bobsleigh, tobogganing et skeleton » (ASBT) a engagé une personne pour l’aider à mener à bien l’organisation « administrative » de sa carrière sportive.

Autre élément important pour la championne, son engagement à 50 pour cent en tant que « militaire contractuelle » (« mili contra ») au sein de l’Armée Suisse (voir l’encadré). De ce fait, Martina Kocher est en mesure de se considérer comme une des premières « sportives professionnelles » du pays ! « Un luxe ! », dit-elle en souriant. Cela dit, il n’y a que pendant l’ER pour sportifs d’élite qu’elle a été contrainte de tirer et de ramper dans la boue… Maintenant, être militaire signifie, pour elle, s’entraîner ! « Heureusement, car le tir me fait peur ! », poursuit-elle. « L’uniforme ? Je ne dois le porter que pour me présenter. L’Ecoles de recrues ? Quelque chose de spécial… ! Mais, à son terme, j’étais malgré tout fière d’avoir pu y dominer ma peur… » 


Sportifs/ives d’élite dans l’Armée suisse :

En 1999, alors Conseiller fédéral, Adolf Ogi a créé le « Stage pour sportifs d’élite » au sein de l’Armée suisse. Dès lors, cette dernière n’a cessé de favoriser la promotion du sport de haut niveau. A l’heure qu’il est, ses structures comprennent une « ER pour sportifs d’élite », les « CR pour sportifs olympiques » et les « militaires contractuels », dit aussi « mili contra », formule ouverte aux champions et championnes confirmés. L’ « ER pour sportifs d’élite » se compose de 5 semaines de formation militaire de base à Lyss, et de 13 semaines d’entraînement individuel (plus formation militaire parallèle) à Macolin. En 2010, pas moins de 48 sportifs et 2 sportives de haut niveau en ont bénéficié. Les « CR pour sportifs olympiques », eux, accueillent des participant(e)s potentiels aux Jeux Olympiques ayant accompli l’« ER pour sportifs d’élite », avec possibilité de se préparer pleinement à la compétition.

Quant à la formule « mili contra », elle vient d’être introduite officiellement comme moyen supplémentaire de promotion du sport d’élite par l’Armée suisse. Elle concerne actuellement 18 postes à mi-temps. En bénéficient à l’heure qu’il est : Manuela Bezzola (taekwondo), Dario Cologna (ski de fond), Matthias Flückiger (MTB), Thomas Frei (biathlon), Marc Gisin (ski alpin), Lukas Grunder (tir), Simon Hallenbarter (biathlon), Max Heinzer (escrime), Nina Kläy (taekwondo), Martina Kocher (luge de compétition), Andreas Kundert (athlétisme), Curdin Perl (ski de fond), Mike Schmid (ski-cross), Nino Schurter (MTB), Florian Stofer (aviron), Eli Tambornino (ski de fonds) et André Vonarburg (aviron).

Print this

Commentaires

Powered by BlogEngine.NET
Design de Philipp Furrer, Barbara Kohler et Andy Müller