21. décembre 2010, jeanine.cicognini

« Je suis allée au bout de ce que je voulais faire »

Je n’avais que 16 ans lorsque j’ai quitté la maison pour me consacrer entièrement au sport. En Suisse, je n’avais plus de concurrence à mon niveau. Je suis partie de Brigue pour le Danemark, où les conditions d’entraînement étaient bien meilleures qu’en Suisse. Ensuite, j’ai vécu et je me suis entraînée à la base olympique de Sarrebruck, en Allemagne. Là, c’était encore plus dur. Et maintenant, je suis de retour en Suisse depuis août dernier, après neuf années passées à l’étranger. Quand je suis partie, j’étais 200e au classement mondial ; aujourd’hui, je pointe au 33e rang.


Photo : Keystone

Je suis revenue pour une raison bien simple : le centre de la Fédération internationale de badminton à Sarrebruck a été fermé, pour des raisons politiques. J’ai eu des offres du Danemark et de Bulgarie, mais je me suis dit que cette fois-ci, j’allais tenter le coup en Suisse. J’y ai maintenant de bien meilleures conditions d’entraînement qu’auparavant. Car, après ces dures années à Sarrebruck, je sais comment m'entraîner. Par ailleurs, la Suisse a engagé un nouvel entraîneur national en la personne d’Asger Madsen, qui a pu me trouver un entraîneur personnel, Pierre Pelepussi. Ce dernier a fait partie des quinze meilleurs mondiaux et il va pouvoir m’apprendre beaucoup de choses. En outre, je peux désormais également compter sur un super entraîneur physique, Fabian Lüthi. L’entraînement avec lui, c’est exactement ce qu’il me manquait.

Ces années passées à l’étranger m’ont marquée. J’ai dû grandir et devenir indépendante très vite. Je suis allée au bout de ce que je voulais faire, cela m’a rendu forte. Les premières années ont toutefois été les plus dures de ma vie. Maintenant, cela me fait tout drôle d’être de retour. Cela n’a pas été simple de quitter mes amies en Allemagne. J’y ai passé de bons moments, aussi en matière d’entraînement, notre responsable a été la deuxième joueuse mondiale. Quoi qu’il en soit, j’ai une bonne impression. Au lieu de m’entraîner dans une équipe féminine, je m’entraînerai avec les hommes. Et mon entraîneur privé continue à manier le volant de manière redoutable ! Enfin, j’apprécie aussi d’avoir pu me rapprocher de ma famille.

ER pour sportifs d’élite

Pour l’heure, je me trouve à Macolin, à l’école de recrues (ER) pour sportifs d’élite. Je n’aurais jamais pensé que je ferais un jour l’armée. Mais, quand Franz Fischer, le responsable de l’ER pour sportifs d’élite, m’a demandé si cela m’intéressait, je me suis dit : pourquoi pas ? J’ai accompli les cinq premières semaines de formation militaire, le prochain bloc de treize semaines aura lieu en avril prochain. Ici, Macolin, à côté des exercices militaires, nous avons le temps de nous entraîner. C’est la raison pour laquelle les sportifs peuvent tirer un grand bénéfice de cette ER.

Pour moi, il s’agit d’une expérience positive. J’apprends à me discipliner, cela me fait du bien. Personnellement, le plus grand changement est de devoir me lever à 5h30. C’est quelque chose que je n’ai jamais fait de ma vie. Quand on s’entraîne autant, on a besoin de bien pouvoir récupérer. Ici, je peux dormir au maximum six heures, et il faut aussi s’habituer à porter un sac lourd, même si c’est un bon exercice de musculation ! C’est agréable de pouvoir passer cette épreuve en compagnie d’autres sportifs. Je ne suis pas la seule femme, et j’ai trouvé en Andrea Wolfer, qui fait du cyclisme, une excellente camarade. Nous nous amusons bien ! Et je n’ai jamais cru que je prendrais autant de plaisir à tirer ! Avant l’ER, je n’étais même pas certaine d’y arriver !

Je resterai à Macolin jusqu’au prochain bloc de formation militaire de l’ER. Pour l’entraînement de badminton, je me rends à Berne, c’est (presque) optimal. Londres 2012 est mon grand objectif. Pour l’heure, cela se passe bien. En tant que 33e joueuse mondiale, j’ai de bonnes chances de me qualifier. Avant Pékin, je me situais encore au 60e rang. En outre, mes performances sont toujours plus régulières. Mais il ne faudrait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Actuellement, je souffre d’une déchirure au mollet. Cela m’a montré une fois de plus à quel point un petit rien peut tout gâcher : si cela avait été le tendon d’Achille, j’aurais pu mettre un terme à ma carrière. Fort heureusement, je reprendrai la compétition en janvier.

Londres 2012

Je me réjouis énormément de Londres même si, dans le fond, peu importe où se dérouleront les prochains Jeux Olympiques. Car on ne peut pas faire mieux que ce que les Chinois ont proposé en 2008 à Pékin. J’ai eu une chance énorme de pouvoir participer à ces Jeux. Pékin a été un des meilleurs moments de ma carrière. Lors de la première rencontre, j’ai très bien joué, tandis que j’ai passé au travers de la deuxième. J’étais extrêmement tendue et je ne pouvais pas diriger le jeu comme je le voulais. Sur le moment, je n’ai pas vraiment profité des JO, tellement j’étais tendue. Ce n’est que près de six mois plus tard que j’ai réalisé ce que j’avais fait : participer aux Jeux Olympiques ! Si j’arrive encore une fois à me qualifier, j’apprécierai davantage la portée de ma performance. Et je prendrai, je l’espère, plus de plaisir sur place !

Je ne sais pas si l’expérience que j’ai vécue à Pékin me servira à Londres. Malgré tout, je sais ce qui m’attend avant ces Jeux : une année très dure ! Avant un tel événement, on est une autre personne, complètement tendue sur le plan mental. Désormais, je vais pouvoir me préparer à ce stress.

Je me demande jusqu’à quel point je pourrai encore progresser. Jusqu’à présent, je n’ai fait que m’améliorer, mais je ne sais pas si cela continuera ainsi. Parce qu’il est pratiquement impossible, pour une Européenne, de se classer parmi les dix meilleures joueuses mondiales. (Propos recueillis par Manuela Ryter)

Jeanine Cicognini (24 ans) est la meilleure joueuse suisse de badminton. Après avoir passé neuf ans à l’étranger, elle est revenue au pays. C’est à Macolin, où elle est en train d’effectuer l’ER pour sportifs d’élite, qu’elle préparera les Jeux de Londres 2012.
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