Elle s’entraîne sept jours par semaine. De temps en temps, son entraîneur lui accorde un jour de repos. Cette année, elle va même raccourcir ses dix jours de vacances de ski à Noël – en vue des Jeux Olympiques d’été à Londres – afin de pouvoir consacrer plus de temps à l’entraînement. Pendant ses loisirs, lorsqu’elle en a un peu, la sportive d’élite Nicola Spirig en profite pour faire du sport…

(Photo: màd)
Depuis Aigle, elle prend le train à crémaillère – que l’on dirait tout droit sorti d’un musée – qui serpente à travers les vignes pour monter jusqu’à Leysin. C’est dans cette station que Nicola Spirig, triathlète de 29 ans, championne d’Europe et deuxième des séries mondiales 2010, s’entraîne dans un groupe international, du moins quand elle ne se trouve pas à l’autre bout du monde pour une compétition. Lorsqu’il fait vraiment trop froid dans les montagnes suisses, elle prend la direction du sud, vers la Grande Canarie, l’Australie, la Thaïlande...
« Tout, sauf sportive professionnelle »
« Enfant, tout m’intéressait, sauf sportive professionnelle », raconte la Zurichoise de l’Unterland. « Je regardais les sportifs d’élite, qui devaient nager un kilomètre avant la compétition. Cela me semblait tellement interminable à l’époque ! » Pourtant, peu de temps avant les Jeux de Sydney 2000, la jeune fille alors âgée de dix-huit ans a pris conscience de son potentiel en triathlon. Pour la première fois, elle envisage l’idée de participer à des Jeux Olympiques. Ce sera chose faite en 2004 à Athènes et, en 2008, à Pékin, sa sixième place lui vaut un diplôme olympique.

(Photo: Swiss Olympic)
L’été prochain à Londres, elle vise cette fois une médaille. Pour y parvenir, elle a décidé, après avoir obtenu son diplôme de droit l’année passée, de se consacrer entièrement au sport jusqu’à Londres 2012. Elle compare cette décision à quelqu’un qui s’offrirait un voyage lointain pour se récompenser, c’est dire le bonheur que lui procure le sport.
Un métier de rêve…sans week-end
Sportive d’élite étant devenu entre-temps le métier de ses rêves, Nicola Spirig, s’accommode très bien de devoir se passer de week-end la majeure partie du temps. Elle s’entraîne en effet sept jours par semaine et voici à quoi ressemble une de ses journées. Le matin, à 7h30, elle saute dans la piscine et nage six kilomètres. A midi, elle parcourt 80 km en vélo, gravissant le col du Pillon et le col des Mosses. Elle court ensuite dix kilomètres dans la foulée. Et elle termine peut-être encore par un peu d’entraînement de condition physique. Son entraîneur Brett Sutton attend qu’elle soit véritablement épuisée pour lui accorder une journée de repos.

(Photo: Kirsten Maurer Stenzel)
Quant aux fins de saison, la triathlète ne sait pas non plus ce que cela veut dire. Si elle est convaincue que le cerveau a besoin de repos, elle estime que le corps, lui, n’en a besoin que s’il est blessé. Tandis que certains s’accordent une pause en automne, elle continue de s’entraîner. C’est le moment où elle peaufine les détails. Elle réussit à tromper son cerveau, qui pourrait crier au repos, en pensant simplement en périodes plus longues. Ainsi, sa « saison » dure jusqu’aux Jeux Olympiques de Londres.
Beaucoup de sport, mais pas uniquement…
La Zurichoise aime profiter du peu de temps libre dont elle dispose pour faire du sport : ski alpin, ski de fond, le plus important c’est d’être dehors. Mais lorsque je veux l’inviter au Gigathlon de Swiss Olympic en tant qu’athlète de la catégorie Single, elle me remercie, mais décline d’un geste de la main : « Je préfère quand ça va vite, plutôt que ce soit long. » En tout cas, pour l’instant, c’est ainsi qu’elle voit les choses. Elle explique en effet qu’elle n’exclut en aucun cas, dans un avenir un peu plus éloigné, le triathlon longue distance. Une remarque qui reflète bien son enthousiasme naturel…
Nicola Spirig est en effet quelqu’un d’extrêmement curieux. Qu’importe ce que la vie lui apporte, elle a sans cesse à cœur de se plonger dans un nouveau sujet et de l’explorer à fond. Elle aime le fait qu’il y ait toujours plusieurs perspectives. C’est d’ailleurs ce qu’elle a trouvé passionnant dans ses études : la recherche du bon argument pour soutenir une position. « J’aime devoir argumenter pour défendre un point de vue déterminé, juste pour le plaisir, même s’il ne s’agit pas de mon opinion, ce qui agace parfois mes amis », confie la juriste en riant.
Une vraie professionnelle
Difficile de déceler une quelconque trace d’approximation ou de relâchement chez la triathlète. C’est une professionnelle accomplie qui aime à être entourée de ses pairs. Elle qui ne recherche pas le devant de la scène apprécie malgré tout son statut de personnage public, qui lui permet d’avoir accès au travail d’autres professionnels, accès qui lui serait sinon probablement refusé. Ainsi, à la télévision, elle peut voir ce qui se passe en coulisse et assister à une séance photo réalisée par des professionnels. Elle trouve cela passionnant.

(Photos:màd)
Bien qu’elle se soit fixé des objectifs ambitieux et qu’elle se donne les moyens de les atteindre, la jeune femme, qui va bientôt fêter ses 30 ans, préfère ne pas voir trop loin. Elle ignore encore ce qu’elle fera de son diplôme plus tard, si elle abandonnera le sport pour devenir juriste ou si elle décidera de chercher une activité qui concilie les deux. Pour l’heure, toute sa vie est focalisée autour d’un objectif : Londres 2012. Ce qu’il adviendra ensuite ne la tourmente pas outre mesure. Beaucoup de portes lui seront de toute façon ouvertes.
Mandarines au sirop et une ration quotidienne de chocolat !
Nicola Spirig est une personne très disciplinée. Trouver la motivation ne lui pose aucun problème. Lorsqu’il lui arrive d’avoir une petite baisse d’énergie, il lui suffit de penser à son objectif pour se remettre au travail. Si elle n’en était pas capable, elle ne ferait pas partie des sportifs d’élite, rappelle-t-elle. Et être une sportive d’élite, elle le veut à tout prix.
Il n’y a que sur le plan de l’alimentation qu’elle s’autorise quelques légers écarts. La jeune femme avoue ainsi céder volontiers au péché de gourmandise. L’alimentation est certes très importante pour un sportif d’élite mais « cela ne fait pas de mal d’être un peu plus souple sur la question des repas lorsqu’on est si souvent en déplacement. Au Japon, on peut vivre avec des mandarines au sirop et du riz au petit déjeuner. Tant que j’ai ma ration de chocolat quotidienne, je suis prête à faire des compromis. » Quelqu’un qui s’entraîne autant que Nicola Spirig n’a vraiment pas à se justifier ni à avoir honte d’être gourmande. Elle n’a cependant pas voulu révéler quelle est sa dose quotidienne de chocolat !
Portrait
Nom: Nicola Spirig
Date de naissance: 7 février 1982
Domicile: Dielsdorf (ZH)
Profession: athlète, juriste lic.iur.
Clubs: Impuls Triathlon Club Bülach, Schwimmverein Limmat, Leichtathletik Club Zürich (LCZ)
Succès: 2e rang de la série du championnat du monde 2010, championne d'Europe 2009 et 2010
Dans le cadre de la série « Road to London », nous accompagnons cinq sportives et sportifs en route pour les Jeux Olympiques de Londres.
D‘autres contributions sur Nicola Spirig
Egalement dans la série « Road to London » :
Flavio Marazzi & Enrico De Maria
Irene Pusterla
Ralph Näf
Stanislas Wawrinka