31. août 2011, barbara.kohler

« Explosée » devant son public

« J’ai pris beaucoup de risques aujourd’hui et, malheureusement, cela n’a pas porté ses fruits », Nicola Spirig a conclu après les CM de triathlon sprint à Lausanne, où elle était finalement retombée au 16e rang. Cet échec ne l’a pas pour autant détournée de son ambitieux objectif de remporter une médaille à Londres 2012.


Image : Kirsten Maurer Stenzel

« J’ai dit à mes trois enfants : ‹ Un jour, tu apprécieras de pouvoir nager un kilomètre en crawl ›, et je les ai inscrits au club de natation », se souvient Ursula Spirig, la mère de Nicola Spirig. L’année dernière, Nicola Spirig a fini sur la deuxième marche du podium lors de la série des Championnats du monde de l’Union Internationale de Triathlon (ITU), devenant ainsi l’un des plus grands espoirs de médailles suisses pour Londres 2012. J’ai rencontré Ursula et son mari, Sepp Spirig, le 20 août 2011 à Lausanne, juste avant que leur fille ne s’élance dans la course de sprint au bord du lac Léman avec pour objectif de remporter une médaille de Championnats du monde. Au programme : 750 mètres de natation, 20 kilomètres de vélo et 5 kilomètres de course à pied, soit la moitié des distances parcourues aux Jeux Olympiques.

Veste réfrigérante et beaucoup de concentration

A Lausanne, le temps était estival avec ses 30 degrés et plus. Mais Nicola ne craint fort heureusement pas la chaleur : d’après son père, elle aime beaucoup s’entraîner en Thaïlande où il fait facilement 30 degrés à l’ombre. Le jour de la course à Lausanne, elle avait tout de même revêtu une veste réfrigérante pour maintenir la température de son corps à un niveau le plus bas possible et pour ne pas surchauffer avant même de débuter la course. Elle avait porté cette même veste à Pékin en 2008, d’où elle était revenue avec un diplôme olympique pour avoir terminé à la sixième place.

Nicola Spirig s’est installée dans la zone de transition, plus concentrée que jamais. Elle a fixé ses chaussures de cyclisme à l’arrière du cadre de son vélo à l’aide d’élastiques pour que celles-ci résistent à la pesanteur et se maintiennent à l’horizontale sur les pédales à clips : un moyen pour elle de monter sur son vélo en un temps éclair et de prendre de la vitesse sans perdre une seconde.


Images : Swiss Olympic

Après avoir également installé ses chaussures de course dans la position optimale, Nicola Spirig a visualisé le déroulement de la compétition dans ses moindres détails : la position exacte de sa place, le chemin à parcourir pour s’y rendre et celui pour la quitter et rejoindre le parcours. Un rituel déjà pratiqué des milliers de fois et dans lequel elle semblait complètement immergée. Elle a ensuite fini par quitter la zone de transition pour aller s’échauffer dans le lac.

« Une médaille n’est pas à exclure »

Même si (ou peut-être justement parce que ?) les parents de Nicola ont insisté très tôt davantage sur la natation que sur les autres disciplines, elle est justement le talon d’Achille de la triathlète d’élite. Mais son père a déclaré être moins nerveux avant les compétitions de sa fille depuis qu’elle s’est fracturé le tibia droit en raison de la fatigue en février dernier, ce qui lui a permis d’intensifier son entraînement dans l’eau : « Dans un bon jour, elle peut désormais compter parmi les meilleures en natation également. » Et lorsque je lui ai demandé comment il estimait les chances de réussite de sa fille lors de la compétition de sprint, il a répondu : « J’espère un classement dans le top 10, mais une place dans le top 5 est réaliste et une médaille n’est pas à exclure. »

« Explosée » à la course à pied

Malheureusement, la compétition ne s’est pas du tout déroulée comme son père  et la Zurichoise l’avaient prévu. Nicola Spirig est totalement passée à côté de l’épreuve de natation et est sortie du lac Léman en 41e position seulement, ce qui ne lui a pas permis de partir avec le peloton de tête en vélo. Elle a ensuite donné son maximum, menant le groupe des poursuivants sur de longues distances. Elle savait qu’elle pouvait prendre de la vitesse en vélo et n’a donc pas baissé les bras jusqu’à ce que le groupe rattrape les meneurs.


Images : Swiss Olympic

C’est en deuxième position qu’elle a enfilé ses chaussures de course. Elle s’est lancée, la médaille en tête, mais malheureusement avec un peu trop d’efforts dans les jambes : l’énergie qu’elle avait donnée pendant l’étape de vélo lui a alors manqué. Elle a ensuite « explosé » à mi-parcours, pour reprendre le terme qu’elle a employé après la course pour qualifier son échec. Place après place, elle est finalement retombée au 16e rang. Un résultat décevant.


Images : Swiss Olympic

Un manque de ressources

Certes, il y a de nouveau eu des « bagarres » dans l’eau, comme deux semaines auparavant à Londres, a expliqué Nicola Spirig, que les journalistes ont trouvée à l’ombre d’un arbre, sous lequel la sportive s’était vite retirée après la course. « Mais ce n’est en aucun cas une excuse, je ne peux que dire que j’ai mal nagé », a-t-elle ajouté d’un ton autocritique.

Depuis sa blessure, cette compétition était seulement la quatrième course sérieuse de Nicola. Malgré tout, elle avait l’espoir d’accomplir quelque chose ce jour-là et aurait bien aimé monter sur le podium, d’autant plus qu’elle concourait devant son public. « J’ai pris beaucoup de risques aujourd’hui et, malheureusement, cela n’a pas porté ses fruits. Après la pause que j’ai prise en raison de ma blessure, je n’ai pas eu suffisamment de ressources pour pouvoir mener la course à bien », a-t-elle conclu.

« A Londres, je veux une médaille »

Malgré sa déception, Nicola Spirig ne comptait pas se laisser abattre par cette défaite. Après le sprint, plutôt que de se larmoyer sur son sort, elle a préféré se réjouir de la compétition par équipe qui l’attendait le lendemain et où elle comptait bien défendre le titre de CM avec l’équipe suisse (ils ont remporté l’argent).

Nicola Spirig ne s’est pas non plus laissé détourner de son objectif ambitieux par l’échec essuyé au lac Léman : le 4 août 2012 à Londres, elle veut remporter une médaille. Alors qu’elle exprime toujours ses attentes avec réserve, elle ne fait pas de mystère à ce sujet.

Encadré
Nom : Nicola Spirig
Date de naissance : 7 février 1982
Domicile : Dielsdorf (ZH)
Profession : sportive, juriste
Clubs : Impuls Triathlon Club Bülach, Schwimmverein Limmat, Leichtathletik Club Zürich (LCZ)
Palmarès : entre autres, 2e rang lors de la série des Championnats du monde de 2010, championne d’Europe en 2009 et en 2010

 

Dans le cadre de la série « Road to London », nous accompagnons cinq sportives et sportifs en route pour les Jeux Olympiques de Londres.

D‘autres contributions sur Nicola Spirig

Egalement dans la série « Road to London » :

Flavio Marazzi & Enrico De Maria

Irene Pusterla

Ralph Näf

Stanislas Wawrinka

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