27. avril 2011, swiss.olympic

« En tant que sportif d’élite, j’avais une vie privilégiée »

L’équipe Kobel/Heuscher était quasiment imbattable, jusqu’à ce que Stefan Kobel se retire en 2006. Aujourd’hui, le médaillé de bronze d’Athènes 2004 est papa, entraîneur et responsable du nouveau Centre national d’entraînement de Swiss Volley à Berne.

Stefan Kobel, vous avez été joueur de beach-volley professionnel jusqu’à la fin 2006. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous retirer ?

La principale raison était le trop-plein de compétitions. J’étais pourtant bien organisé, mais la vie en tant que joueur de beach-volley professionnel était devenue une charge, y compris pour ma santé. Etre en forme et en bonne santé pour engranger de bons résultats avait toujours été le principal objectif de ma vie jusqu’alors. Mais le fait de rester en bonne santé s’est petit à petit transformé en un facteur de stress. En outre, j’avais envie de relever de nouveaux défis, de commencer une nouvelle étape de ma vie et de fonder une famille. Je voulais m’arrêter à un moment où je pouvais encore être fier de mes résultats. J’ai toujours su que je ne continuerais pas jusqu’à ce que je ne figure plus en haut des classements.

En disant adieu à la compétition, de quoi vous êtes-vous le plus réjoui ? 

De mettre un terme aux nombreux déplacements et au stress des compétitions, ainsi que de pouvoir fixer des priorités différentes dans ma vie. Je me réjouissais beaucoup de cette nouvelle étape et j’étais très ouvert aux nouveautés. Cela ne signifie pas que le sport m’ait privé de certaines choses, car j’ai adoré ma carrière de sportif. Toutefois, j’étais content de ce changement dans ma vie.

De quoi aviez-vous peur ?

On a toujours des appréhensions lorsqu’on prend ce genre de décision. J’avais peur de regretter mon retrait, de me rendre compte après coup que j’avais pris la décision trop tôt. Peur que le sport d’élite me manque. Je redoutais aussi la première fois où je me rendrais à une compétition en tant qu’entraîneur. De voir mes anciens adversaires et de ne plus vraiment faire partie du jeu. En tant que sportif d’élite, j’avais une vie privilégiée et je savais qu’un retour en arrière ne serait pas facile, notamment vis-à-vis de mon partenaire de jeu et de toute l’équipe.

Comment et combien de temps après votre retraite sportive avez-vous trouvé un emploi ? Et dans quel domaine ?

Tout s’est fait presque naturellement. A partir du moment où j’avais pris ma décision, j’ai rencontré de nombreuses personnes, y compris les collaborateurs du département « Planification de carrière » de Swiss Olympic. Je voulais savoir dans quel domaine j’avais intérêt à me lancer. Grâce à mon diplôme en sport et à mon expérience de sportif d’élite, j’avais plusieurs cordes à mon arc et ne devais donc pas commencer à zéro. Après mon retrait, j’ai accepté un poste à 50 % chez Swiss Volley, où j’ai pris la direction du projet concernant le Centre national d’entraînement. En parallèle, j’ai décidé de suivre les formations d’entraîneur de Swiss Olympic qui m’ont permis d’encadrer mes premiers sportifs de la relève en 2007. Lors de ma première compétition en tant qu’entraîneur, j’ai d’ailleurs été content de pouvoir tout observer de l’extérieur et de ne pas moi-même me trouver dans le sable.

Où travaillez-vous aujourd’hui ?

Je suis actuellement responsable du Centre national d’entraînement à Berne, inauguré en 2009. J’entraîne par ailleurs les équipes Laciga/Weingart et Heyer/Chevallier. Le travail d’entraîneur me plaît beaucoup.

Aviez-vous déjà envisagé votre reconversion avant votre retraite sportive ?

J’ai terminé mes études avant de devenir sportif professionnel, puis tout s’est enchaîné naturellement. Je n’ai jamais travaillé à temps plein après mes études. En songeant à mon retrait du sport d’élite, je réfléchissais aussi aux possibilités de retourner dans le monde du travail. C’était un long processus de réflexion.

A quels problèmes avez-vous été confronté pendant et après votre retrait de la compétition ?

Je n’ai rencontré aucun problème, bien au contraire. On m’a fait des propositions de projets et de postes auxquels je ne m’attendais pas. Il fallait que je réfléchisse aux questions suivantes : dans quoi ai-je envie de m’investir ? Dans quel domaine puis-je m’établir à long terme ? Qu’est-ce qu’il vaut mieux éviter ? Dans le monde du sport, il faut faire attention à ne pas s’égarer.

Et comment avez-vous vécu le fait d’avoir soudain beaucoup plus de temps libre ?

Je n’ai pas vraiment eu plus de temps libre qu’avant, loin de là : le temps de travail s’est même accru. Ma vie de sportif d’élite était très structurée, je m’entraînais tous les jours pendant quatre heures, puis il y avait les déplacements et les compétitions. J’avais le privilège d’être sportif professionnel à 100 %, c’est-à-dire que je ne devais pas travailler à côté. Il ne faut pas croire qu’on a davantage de temps après s’être retiré du sport, car ce n’est pas toujours le cas.

Comment votre corps a-t-il réagi ?

Au début, c’était un soulagement d’être débarrassé de ces lourdes sollicitations. Toutes mes blessures chroniques ont disparu au bout de six mois. Ensuite, c’était l’inverse : je ressentais le besoin de bouger, de faire du sport. Je suis devenu plus polysportif. Le problème est surtout dans la tête : les sportifs de performance sont tellement bien entraînés que la sensation d’être au top de la forme leur manque lorsqu’ils arrêtent. On sent que l’on régresse.

Dans quelle mesure votre environnement a-t-il changé après votre retraite sportive ?

Après mon retrait de la compétition, je me suis marié et je suis devenu père. Mon environnement familial s’est donc élargi. Pour le reste, mes relations autour du sport sont restées inchangées.

Quelle importance votre réseau sportif et vos expériences de sportif d’élite ont-ils revêtu dans votre recherche d’emploi ?

Une importance cruciale. Mon expérience m’aide énormément dans toutes mes activités professionnelles. J’ai remarqué, notamment dans ma fonction de coach de la relève, que je suis plus facilement accepté grâce à ma carrière sportive. Mes relations m’ont également été utiles pour décrocher un emploi. En réalité, lors de l’annonce de mon retrait, c’est mon réseau qui m’a contacté pour me faire des propositions, et non l’inverse.

De quelles qualités propres à un sportif d’élite tirez-vous profit encore aujourd’hui ?

J’ai appris à me concentrer sur un objectif précis. J’aborde chaque projet de manière ciblée et j’analyse toujours la situation : sommes-nous encore sur la bonne voie ? Le sport m’a certainement aussi appris la persévérance et la discipline, qui sont indispensables pour mener à bien un projet.

Aujourd’hui, quelle importance le sport a-t-il dans votre vie ?

Le sport joue un rôle très important dans ma vie. Il est indispensable pour moi de me sentir en forme et en bonne santé. J’essaie de transmettre ces valeurs à ma famille et à mes enfants. Le sport m’intéresse beaucoup et m’a permis d’acquérir des expériences fondamentales. Toutefois, je m’intéresse aussi à d’autres thèmes, et l’idée de travailler dans un autre domaine que le sport ne me fait pas peur.

Portrait :
Nom : Stefan Kobel
Age : 36
Spécialité sportive : beach-volley (de 1995 à 2006)
Meilleurs résultats : médaille de bronze aux Jeux Olympiques de 2004 à Athènes, trois victoires de tournoi lors du World Tour en 2004, en 2005 et en 2006.
Formation : maître d’éducation physique (EPF), entraîneur diplômé de Swiss Olympic
Profession : entraîneur, fonctionnaire sportif

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