Une force mentale qui tient lieu de certificat de travail - L'entretien avec Evelyne Leu

de sebastien.rouiller 10. juin 2010 15:19

Evelyne Leu, la championne de ski acrobatique, a mis un terme à sa brillante carrière aux Jeux Olympiques d’hiver de Vancouver 2010. Dans l’entretien qui suit, la championne olympique de Turin 2006 revient sur les hauts et les bas de sa carrière et évoque son avenir professionnel.

 

Evelyne Leu, vous avez fait partie de l’élite du saut acrobatique de 1994 à 2010. Rétrospectivement, quels ont été, sur le plan sportif, les plus beaux moments, et aussi les plus amers, de ces 17 années ?

Le plus beau moment a été, et de loin, à Turin lorsque, lors de ma réception au sol, j’ai senti que j’avais parfaitement réussi mon saut. Après coup, la réalisation  que mon full-full-full (triple salto avec 3 vrilles, note de la réd.) allait « bien passer » a été un sentiment indescriptible. C’était un saut que je n’avais réussi jusqu’alors qu’à l’entraînement. Quant au moment le plus amer, ce n’est pas mon élimination à Vancouver, mais la déchirure de mes ligaments croisés juste avant les JO de Salt Lake City 2002. Bien que j’aie finalement pu y participer et que j’aie réussi quelques bons sauts, la déception reste vivace aujourd’hui encore.

Au cours de votre carrière, vous avez participé à quatre Jeux Olympiques. Quels souvenirs particuliers gardez-vous de ces différents événements ?

Il est difficile de les comparer. Pour moi, Turin 2006 été un sommet absolu sur le plan sportif. En compétition, tout a parfaitement marché. Par contre, l’ambiance n’a pas été la même qu’aux autres Jeux. Sur le plan émotionnel, mes premiers Jeux, à Nagano, en 1998, restent quelque chose de très spécial. Tout était alors nouveau pour moi et je me souviens encore comment je parcourais, les yeux écarquillés, le Village olympique. Quant à l’ambiance, les Jeux de Salt Lake City 2002 ont été les meilleurs. Ceux de Vancouver 2010 auraient pu être tout aussi réussis sur ce plan mais, après ma chute, les médecins m’ont ordonné un repos strict. Et, étant donné que je ne pouvais même pas regarder la télévision à cause de mes douleurs et que j’ai dû rentrer rapidement à la maison après mon élimination à cause de la règle des 48 h, je n’ai pas vraiment retenu grand-chose de ces Jeux.

Vous aviez annoncé votre retraite pour la fin de la saison en octobre 2009 déjà, deux mois avant le début de la Coupe du monde. Aviez-vous choisi ce moment à dessein ?

L’annonce de ma retraite a été plutôt une fuite en avant. Cela faisait déjà depuis un certain temps que les journalistes me questionnaient régulièrement à ce sujet. Dès lors que j’avais déménagé et entamé une formation professionnelle, il n’était pas très difficile pour les médias d’additionner un plus un.

Mais cette décision, vous ne l’avez sûrement pas prise sur un coup de tête ?

Non, cela a été un long processus. J’y ai pensé pour la première fois avant Turin mais, après les Jeux, j’ai décidé de continuer encore une saison et de disputer les championnats du monde 2007. A 30 ans, le moment de raccrocher approchait. Mais après les CM, je me sentais en pleine forme. Du coup, j’ai choisi de poursuivre encore jusqu’à Vancouver.

Désormais, Vancouver est de l’histoire ancienne et vous avez tourné la page. Savez-vous à quoi ressemblera votre avenir professionnel ?

Lorsque, au printemps 2008, j’ai pris la décision de me retirer après les Jeux de Vancouver 2010, je me suis penchée sur la question de mon avenir professionnel. Je ne savais pas où cela allait me mener. Je n’étais certaine que d’une chose : je ne voulais pas pratiquer à nouveau mon métier d’électromécanicienne.

 

Avez-vous cherché du soutien pour reprendre pied dans le monde du travail ?

Oui, j’ai demandé l’aide de Swiss Olympic dans le cadre du « Swiss Olympic Athlete Career Programme » pour faire le point sur la question et bénéficier de conseils dans le choix d’un métier ou d’une formation. Parallèlement, j’ai pris contact avec l’ancienne skieuse Brigitte Oertli, qui possède une école de marketing. Ensemble, nous avons décidé d’une formation dans ce domaine. J’ai réussi l’examen pour devenir spécialiste en marketing et, depuis lors, cela fait plusieurs mois que je retourne sur les bancs d’école une fois par semaine.

Vous avez bénéficié du soutien de plusieurs sponsors au cours de votre carrière. Vous ont-ils aussi aidée pour votre reconversion ?

Etant donné que je suis à la recherche d’un emploi à temps partiel en cours de formation, j’ai contacté plusieurs sponsors. Je vais encore en approcher d’autres ces prochains temps. Pour l’instant, cela n’a malheureusement encore débouché sur rien de concret. Mais il faut dire qu’il ne s’est pas encore passé tant de temps que cela depuis Vancouver.

Spécialiste de saut acrobatique, vous donniez l’impression de ne pas connaître la peur. Abordez-vous votre avenir professionnel avec la même intrépidité ?

Je n’ai pas peur, mais je me demande combien de temps je mettrai pour trouver un emploi. Ces dernières années, j’ai certes obtenu plusieurs médailles, mais, aux yeux de l’économie, je suis restée sans emploi depuis le moment où j’ai décidé de me consacrer entièrement au sport, en 2001. Et un employeur accorde plus d’importance à un bon certificat de travail qu’à un titre olympique.

En quoi votre carrière sportive constitue-t-elle un plus dans l’optique de votre profession future ?

Je pense que grâce à la pratique du sport de haut niveau, j’ai énormément progressé sur le plan mental, ce qui me sera extrêmement utile dans ma vie quotidienne professionnelle. D’une part, j’ai développé ma capacité de concentration, qui a toujours compté parmi mes points forts. D’autre part, j’ai appris à toujours mieux gérer la pression au fil des ans. Qui plus est, en tant que sportive professionnelle, je devais en quelque sorte gérer ma propre entreprise ; c’est une expérience que je pourrai désormais mettre à profit dans ma vie professionnelle. Mais, pour l’heure, il est rassurant pour moi de savoir que je bénéficie du soutien des personnes du « Swiss Olympic Athlete Career Programme » et de Brigitte Oertli, aussi bien en ce qui concerne le choix d’une formation que la recherche d’un emploi.

Le « Swiss Olympic Athlete Career Programme » propose aux athlètes des conseils pour planifier leur carrière sportive et professionnelle et les soutient dans la recherche d’un emploi.

 

Commentaires

16/01/2011 14:39:37 #

De faire partie de l'élite dans ce sport de haut risque aussi longtemps, c'est impressionnant! Bravo Evelyne.

Joana_de_Geneve | Reply

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