En lieu et place de lutter tête entre les genoux sur une piste de descente pentue et glacée Didier Cuche, engagé au « Super10Kampf » (« Superdécathlon ») dans un Hallenstadion zurichois plein à craquer, a joué cette fois au gladiateur face aux Ammann, Cologna, Kaeslin et compagnie ! Une pleine journée dans l’arène !
Il y a deux semaines à peine à Sölden, Didier Cuche, notre champion du monde, était au départ de la première réunion de la saison comptant pour la Coupe du monde avec les autres meilleurs skieurs de la planète. Vainqueur l’année dernière, il y jouait le rôle de favori. Mais peu importe ! Pour l’instant, avec Patrick Fischer, star de hockey sur glace ; avec Kerstin Cook, Miss Suisse 2010 ; avec Arno Galmarini, lecteur du « SonntagsBlick » il est en train de s’équiper, dans un coin perdu de l’immense Hallenstadion, en vue du grand spectacle de la soirée. Avec 12 000 spectateurs et spectatrices annoncés, l’arène sera bondée pour applaudir aux exploits de ces gladiateurs d’un jour engagés pour faire le spectacle à la réunion gigantesque de la Fondation de l’Aide Sportive Suisse. Les équipes s’affronteront aux cris de « Hopp Schwiiz ». Mais l’heure n’est pas encore venue et l’attente se prolonge…

Pour l’instant, même si une certaine nervosité commence à se faire sentir dans la salle – un peu comme à la rentrée des classes – l’atmosphère est encore détendue. Il s’agit en effet de répéter les différentes phases des jeux prévus au programme, d’en reprendre le déroulement en corrigeant les erreurs, de revoir la répartition des tâches, d’étudier où il est possible d’introduire une drôlerie, un tour de guignol… Parfaitement moulée, l’Equipe Cuche prend son rôle au sérieux. Sans rechigner sur un clin d’œil par-ci, un « grüezi » par-là… « Je ne vois pas qui pourrait nous battre », s’exclame Didier en rigolant. « Nous sommes bien musclés, nous avons du charme, nous sommes malins… Bref : nous avons tout ce qu’il faut pour nous imposer au terme de ce « Super10Kampf » !... »
Rêve de gamin, même pour une superstar !
Alors que, dehors, les senteurs automnales prennent le Hallenstadion au lasso, à l’intérieur, Cuche se prépare en compagnie de Simon Ammann, deux fois double champion olympique ; avec Dario Cologna, une fois champion olympique ; avec Ariella Kaeslin, vice-championne du monde ; avec Bruno Risi, légende du cyclisme en salle ; avec Kilian Wenger, roi de la lutte. Des ballons, gros et difforment comme des méduses volent alentour ; avec son équipe, il construit des maisons de cartes surdimensionnées et, tel le fils de Guillaume Tell, il tente d’attraper des pommes géantes muées en balles de tennis que ses équipiers expédient dans sa direction à l’aide d’une fronde…
Des jeux, en somme, à ne pas prendre trop au sérieux et faits, en l’occurrence, pour remplacer entraînement de condition physique, entraînement technique, entraînement mental… Ce soir, sous l’œil aguerri des caméras, champions et championnes de sports différents vont pouvoir mesurer leurs forces en des empoignades épiques. Rêve de gamin pour un champion tel que Cuche ? « Cela va de soi ! », confirme-t-il avec enthousiasme. Tout petit déjà, ce genre de jeux le fascinait même si, en tant que Romand, l’émission française « Intervilles » lui était plus facilement accessible que le… « Super10Kampf » ! « C’était aussi très drôle », sourit-il.

Ambitieux et décontracté : « presque comme en Coupe du monde !... »
« Je me sens fier de pouvoir participer ! Le « Super10Kampf », ce n’est que du plaisir », dit encore Didier Cuche. « Le spectacle qu’on nous fait présenter est drôle ; les spectateurs et spectatrices sont près à pouvoir nous toucher ; en plus, nous faisons quelque chose d’utile pour les jeunes sportifs et sportives de la relève… » Cela dit, il ajoute qu’il viendrait aussi même s’il n’y avait pas de spectateurs : « J’éprouverais le même plaisir, et je ferais preuve de la même rage de vaincre… »
« Comme en Coupe du monde donc, même si les choses y sont un peu plus sérieuses ! », poursuit Didier. « Là aussi, je ne suis plus aussi crispé et tendu qu’il y a quelques années… » Compréhensible ! « Quand on est jeune – jeune sportif surtout – on veut prouver aux gens qui nous entourent qu’on est capable de gagner… » Aujourd’hui, même s’il arrive que tout ne tourne pas rond, il n’en fait plus un drame. Mais il affirme avoir déjà rencontré des sportifs, même au « Super10Kampf », qui n’y participent pas seulement par plaisir et qui se mettent carrément en colère quand quelque chose va de travers… Ça le fait rigoler ! Et, avec son équipe, il étudie aussitôt une stratégie qui doit permettre d’être au plus tôt, après la manifestation, autour d’une fondue jeu de cartes en main…
Combat rapproché avec la caméra
Après le repas de midi, alors que l’équipe TV achève sa mise en place et que les gens de l’Aide sportive décorent la salle, les sportifs et les sportives discutent en rigolant des jeux, conçus comme toujours par les étudiants de l’EPFZ. Cuche ne cesse de sourire, car tous ceux et toutes celles qui passent dans les parages (volontaires, jeunes sportifs, simples pékins…) veulent le prendre en photo ! La tension monte ! « Je me réjouis !... Ça pourrait bien être très drôle ce soir ! », conclut le Neuchâtelois en se frottant les mains…
Maintenant déjà, on commence à s’amuser au Hallenstadion. L’excitation se fait jour chez les sportifs. Spécialiste du triple saut, Alexander Martinez amorce les pas de danse du show qu’on lui a demandé de présenter en intermède ; Sascha Heyer, joueur de beachvolley, se laisse glisser le long d’une sorte de toboggan ; Cuche essaie de l’intercepter… Puis il s’en va faire causette avec Ariella Kaeslin, puis avec Bruno Risi. Patrick Fischer arrive en coup de vent et s’écrase contre la caméra… Du déjà vu, qui fait pourtant rire tout le monde. Simon Ammann enfin – comique de circonstance – accourt, saute dans le gros ballon et y fait des galipettes. Arrivant au pas de course, Dario Cologna prend son élan pour le rejoindre. Qu’est-ce que le « Super10Kampf » ? C’est quand de grands champions redeviennent de petits enfants… A 14 heures : répétition générale…

Rencontre entre un champion de ski et une reine de beauté
Didier Cuche donne plein gaz ! Comme gladiateur au centre de l’arène également ! Il veut gagner, comme à son habitude ! Pas par ambition sportive au « Super10Kampf », mais parce qu’il aime gagner, tout simplement ! Parce que la victoire soude l’Equipe ! Parce qu’il a la victoire dans ses gènes ! Il est aussi celui qui trouve les bons mots et qui sait motiver l’Equipe ! « C’est ce que nous avons de positif en nous qui nous fait avancer », philosophe-t-il pendant une pause. Kerstin Cook, reine de beauté et membre de son Equipe est enthousiaste : « Cuche est un type formidable ! Un vrai capitaine ! Avec lui, on ne peut que gagner ! » Il en fallait un comme lui ici !...
Les trucs et les petites tricheries, ça existe aussi au « Super10Kampf ». Ils en font partie comme les bâtons en plastique gonflables qui permettent aux spectateurs de faire trembler l’édifice ! Mais il ne faut pas se faire pincer, comme ce fut le cas pour Cuche l’année dernière. « C’était d’ailleurs totalement injustifié et aujourd’hui encore, je n’en connais pas la raison », insiste-t-il. On n’en croit pas un mot bien sûr… Aujourd’hui, c’est l’Equipe de Risi et de l’ex-mister suisse Renzo Blumenthal qui a été surprise à jouer illicitement au… chewing-gum…

Joie anticipée pour une 16e saison !
L’après-midi, l’ambiance est un peu plus lourde. Il y a huit heures déjà que les gladiateurs sont dans l’arène ! Et il en reste trois jusqu’au lancement du spectacle. Il s’agit donc d’épargner ses forces, « car la soirée sera longue » dit Cuche, en regardant son Equipe d’un œil sombre : « Certains, il faut vraiment les freiner… »
Didier Cuche, de par son âge, a l’habitude de s’occuper des autres ! En 2009 à Val d’Isère, avec ses 34 ans, il est déjà devenu le champion du monde le plus âgé de l’histoire du ski alpin. « Je suis content de voir le bout de ma carrière ! Le bout d’une carrière riche en succès ! Ce ne sera pas facile… Mais c’est ce que je croyais déjà les années précédentes. Or, au terme de la saison, mon palmarès avait continué à s’enrichir… » Dès le lendemain du « Super10Kampf », le Neuchâtelois reprendra une mise en condition physique à laquelle il consacre trois bonnes semaines. Puis ce sera l’envol pour le Canada, suivi d’un entraînement de trois semaines pied au plancher. « C’est alors que les choses sérieuses vont commencer. Fin novembre, à Lake Louise… », conclut-il en fronçant le sourcil…

« Je me réjouis ! », reprend le champion en précisant qu’il se sent encore capable de s’améliorer mais, qu’un jour, il faut aussi savoir s’arrêter… Par contre, en ce début de saison et contrairement à ce qu’on a pu lire dans la presse après sa performance de Sölden, il se sent bien et confiant ! « Malheureusement, beaucoup de journalistes ne tiennent compte que du rang pour fonder leur jugement, et cela m’énerve parfois », ajoute-t-il avant de conclure : « Quant à savoir ce qui s’est réellement passé pendant la course, ça ne les intéresse pas… C’est un manque de professionnalisme !... »
Didier Cuche est un émotif, c’est bien connu. Il ne cache ni ses sentiments – joie, fierté, déception – ni ce qu’il pense. Les sentiments font partie du sport et il les vit pleinement ! Il peut donc aussi être de mauvaise humeur, mais il est toujours sincère et authentique… C’est sans doute aussi pour cela qu’on l’aime tant ! Et toujours autant après 15 ans d’activité ! « Lentement mais sûrement », ce pourrait être une de ses devises. En 2009, il a été désigné « Sportif suisse de l’année » ! Le « Super10Kampf » éveille aussi certaines émotions. Cuche est pleinement là ! Un peu nerveux, de bonne humeur, drôle…
Jouer avec ses émotions
« Quand ça partira, mon pouls sera à cent à l’heure » dit-il en rangeant ses affaires et en descendant au sous-sol. Deux heures plus tard, le Hallenstadion est plein comme un œuf ! Le bruit est assourdissant à l’entrée des stars. Cuche est ovationné ! Les gens du secteur « bleu » donnent l’impression d’être acquis à sa cause pour le reste de la soirée. Le « Super10Kampf » joue avec les émotions du sport ! Il n’y a pas que le football…
Sous la lumière des projecteurs, Didier Cuche déguste pleinement la fête que lui font « ses » fans. C’est parti ! Enfin ! Cuche, Cook, Fischer et Galmarini entrent dans l’action. Ils courent, ils grimpent, ils lancent, ils construisent… Ils donnent vraiment tout ce qu’ils ont dans le ventre ! Avant d’entamer le « parcours des gladiateurs », moment fort du « Super10Kapmf », ils occupent la deuxième place, à deux points seulement de l’Equipe de Killian Wenger, qui cavale en tête. Même dans le secteur de Simon Ammann, une affiche géante porte le nom de… Cuche !
Le final est proche ! Cook trébuche et Cuche manque son passage de témoin… Son Equipe est éliminée ! Celle de Simon Ammann domine ! Nouvelle victoire dans le gousset ! Spectateurs et spectatrices frétillent, crient, chantent… A en faire trembler l’immense Hallenstadion ! Cuche rayonne ! Les enfants arrivent ! Didier s’assied et donne des autographes… Il n’en peut plus, mais il signera jusqu’au bout… Tout comme Miss Suisse à ses côtés…

Petit portrait : Didier Cuche, 36 ans, Neuchâtelois, fait partie de la crème des skieurs alpins suisses depuis de nombreuses années. Longue de 15 ans, la carrière du « Swiss Olympic Top Athlete » l’a emmené à quatre reprises aux Jeux Olympiques, et lui a permis d’enlever la médaille d’argent au super-G à Nagano, en 1998. Il est aussi monté à 54 reprises sur le podium en Coupe du monde (14 fois sur la plus haute marche) et ceci aussi bien en descente qu’en super-G et qu’en slalom géant. Les Championnats du monde lui ont également valu un plein lot de médailles : bronze au slalom géant à Are en 2007 ; argent à la descente et or au super-G à Val d’Isère en 2009.
Images: Photopress, Swiss Olympic