21. juin 2010, manuela.ryter

Les Jeux Olympiques en point de mire

Mascottes, torches, médailles, uniformes, affiches : les objets liés aux différentes éditions des Jeux Olympiques font partie de l’histoire artistique du 20e siècle. Pour le collectionneur « olympique » et graphiste Markus Osterwalder, aux Jeux, le sport n’est qu’une agréable distraction.

Markus Osterwalder (46 ans) est heureux comme s’il avait gagné une médaille olympique : devant lui, une des nombreuses étagères sur lesquelles il a empilé mascottes, livres et autres gadgets illustrant l’une ou l’autre édition des Jeux Olympiques. D’un tiroir, il sort une médaille couleur bronze : Paris 1924 ! Elle fait sa fierté. Elle lui a été confiée il y a peu, à lui le collectionneur fana, et témoigne d’un chapitre de l’histoire des Jeux Olympiques.

Peu après avoir participé à une émission de télévision de Kurt Aeschbacher, une dame a pris contact avec lui. Paul Schmiedlin, père de cette dernière avait remporté, au tournoi de football des Jeux Olympiques de Paris, en 1924, la médaille d’argent avec l’Equipe de Suisse, dont il était le capitaine. Médaille inattendue et énorme pression. Touché, Osterwalder rendit visite à la dame et, fasciné par les photos, le journal personnel et la médaille qu’il découvrait, il ne perdit pas une syllabe de son récit. « A l’heure qu’il est, cette médaille est la pièce la plus précieuse de ma collection », sourit-il. « C’est qu’elle n’est pas qu’une pièce de métal ; elle est un morceau d’histoire qu’il s’agit de préserver… »

Attrait pour d’horribles mascottes
Pour perpétuer le passé olympique, Markus Osterwalder dispose de plusieurs dizaines de milliers de pièces. Parfaitement disposés dans un local de la Vieille Ville d’Herisau, il les a toutes photographiées et archivées. Dans des tiroirs, les pin’s sont alignés en bon ordre. En vitrine, une poupée porte l’uniforme officiel gris-rose de Lillehammer. Des mascottes grosses et petites, drôles ou horribles sont alignées en ordre parfait sur un rayon.  Clochettes, cravates, porte-monnaie, tasses vendues dans les échoppes des villes organisatrices ; timbres et affiches ; des diplômes par centaines témoignant de moments de bonheur ; des torches enfin, qui rappellent le passage de la flamme olympique, quelque part entre Olympie et les villes organisatrices.

Tous ces articles sont des reliquats imprégnés de souvenirs des Jeux Olympiques du passé. Leurs formes et leurs couleurs font apparaître l’itinéraire graphique du 20e siècle, et deviner les stratégies commerciales appliquées par les pays organisateurs. C’est cela, justement, qui fascine Osterwalder : la planification graphique mise au service des Jeux ; le message que les gens d’Atlanta/1996 ont voulu délivrer au monde par le biais de leurs horribles petites mascottes ; les raisons qui ont dicté aux responsables de Calgary/1988 le choix des uniformes démodés portés par leurs volontaires ; la conception de l’affiche ultramoderne des Jeux de Munich/1972. « Je suis passionné par l’itinéraire suivi à travers les années, et j’ai à cœur de mieux mettre l’Olympisme et les Jeux Olympiques en relief », dit-il.

La fascination des Cérémonies d’ouverture
Pour Markus Osterwalder, les Jeux Olympiques émargent largement aux lieux de compétition. Quand il s’y rend, il collectionne tout ce qui lui tombe sous la main. Il photographie tout, sauf… les sportifs ! Il se désintéresse des résultats, même s’il assiste autant que possible chaque jour à une compétition. Il a ainsi vécu en direct la victoire de Défago et, à Turin, il a vu Lambiel verser des larmes de joie. Certes, ces moments, il ne les oubliera pas. Mais ce qui l’attire le plus, sur place, c’est malgré tout la mise en œuvre du concept graphique des Jeux, la conception des affiches, la disposition des poubelles, des badges et des écriteaux. « C’est un peu comme si je recherchais où se cache l’Esprit olympique », sourit-il.

Depuis Lillehammer/1994, Markus Osterwalder s’est rendu à toutes les éditions des Jeux Olympiques d’été et d’hiver. « Chaque fois, j’y vis une nouvelle expérience », insiste-t-il. « Mais ce sont les premiers auxquels j’ai assisté qui m’ont laissé le souvenir le plus profond… Notamment parce que leur conception graphique était de qualité et parce que l’ambiance y était chaleureuse. »

Cela dit, c’est la Cérémonie d’ouverture qui, pour lui, constitue le point culminant des Jeux. A une exception près, il les a toutes vues depuis celle de Munich/1972 ; à la télévision avant Lillehammer ; sur place par la suite. Celle de Munich, qu’il a suivie sur le petit écran à partir de l’Equateur où il vivait avec ses parents, l’a marqué même s’il n’avait que 8 ans. Plus tard (il avait 16 ans), le père d’un de ses amis lui a remis un pin des Jeux de Moscou/1980 : objet précieux de sa collection, et étincelle d’une passion qui dure toujours.

Equilibre financier
Au cours des 20 années qu’il a passées à collectionner tous les objets « olympiques » qui se sont présentés à lui, Markus Osterwalder a beaucoup voyagé, et sa qualité de spécialiste n’a pas tardé à être reconnue loin à la ronde. En 1983, il est revenu en Suisse et s’est établi à Herisau, où il dirige un bureau d’arts graphiques qui lui permet d’entretenir des contacts avec le monde entier. Contacts nécessaires pour entrer en possession des objets destinés à sa collection, et généralement difficiles à décrocher pendant la durée des Jeux. Dans le réseau des collectionneurs, certains ont à double ce dont d’autres sont encore dépourvus.

On compte, de par le monde, quelque 300 collectionneurs spécialisés dans les objets liés aux Jeux Olympiques. Une bonne moitié d’entre eux se retrouvent périodiquement pour discuter, procéder à des échanges, commercer… Le St-Gallois est connu pour être le mieux achalandé en torches ! L’une d’elles a été mise aux enchères sur « eBay ». Mais il n’est pas parvenu à se procurer un seul des 23 000 exemplaires utilisés lors des Jeux de Pékin. Jusqu’à ce qu’il rencontre un français qui en avait gagné une dans le cadre d’un concours, et qui a accepté de la lui vendre. D’autres sont tout simplement hors de prix. Plus de 250 000 dollars US pour certaines ! Osterwalder s’y intéresse malgré tout. Pour… d’autres collectionneurs. Un commerce annexe qui lui permet de refaire une partie des sommes considérables qu’il a investies par le passé.

 

Une profession de rêve
Markus Osterwalder a étudié pratiquement tout ce qui existe au monde sur les Jeux Olympiques. Il s’est rendu à Pékin pour y rencontrer les responsables chinois de la conception graphique des Jeux de 2008. Il a aussi lu les rapports finaux des Jeux qui, à côté d’autres documents et règlements officiels, permettent de trouver certaines indications se rapportant à la conception graphique, aux logos, aux couleurs, aux mascottes… Le rayon de ces directives et autres réglementations spécifiques est un des plus précieux de sa collection. « Les Jeux Olympiques ont toujours été à l’origine d’innovations d’avant-garde… », sourit-il.

Collectionneur d’objets olympiques par passion, Markus Osterwalder a fini par faire de ce hobby une profession à plein temps. Dans la perspective des Jeux de Rio 2016 il envisage d’écrire, en collaboration avec d’autres collectionneurs et sous le titre générique d’ « Olympic Memorabilias », une série de petits livres sur les objets de collection olympiques. « Je sais maintenant à quoi a servi le temps et l’argent que j’ai investis », sourit-il. Autre perspective (un rêve aussi) : l’ouverture d’un petit… « Musée Olympique » bien à lui !

Autres informations sous : www.theolympicdesign.com

 

Manuela Ryter est rédactrice web chez Swiss Olympic.

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Catégories: Divers

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