24. novembre 2011, isabel.prinzing

Grand écart avec Londres en point de mire !

Née en Allemagne, Heike Netzschwitz vit depuis vingt ans en Suisse, où elle assume la responsabilité d’entraîneur en chef de la gymnastique rythmique (GR). Bien qu’ayant dû encaisser de nombreux revers, elle est parvenue à placer son cadre national, à l’heure qu’il est, à deux doigts d’une qualification olympique.


Heike Netzschwitz (à gauche) et le groupe de la gymnastique rythmique. (Photo: màd)

Peurs existentielles

En 1996, la Fédération suisse de gymnastique (FSG) avait sérieusement envisagé d’éliminer, en raison de sa faiblesse du moment, la gymnastique rythmique de ses cadres de haut niveau. Perspective qui avait fortement surpris Heike Netzschwitz, qui en était l’entraîneur responsable : « En 1992, nous avions mis en place une nouvelle structure avec cinq centres régionaux de performance (CRP) couvrant l’ensemble du pays. Parallèlement, un groupe était en préparation en vue des Championnats d’Europe juniors de 1997. Que la FSG remette en question le niveau de notre spécialité sportive m’a profondément choquée, aucune raison fondée ne justifiant une telle prise de position de sa part », avait-elle alors expliqué. Plusieurs supporters et supportrices de la gymnastique rythmique se sont alors engagés avec véhémence en faveur du maintien de cette spécialité au haut niveau. Avec succès ! La décision du maintien a été confirmée, en 1997, à l’issue des Championnats d’Europe juniors, dans le cadre desquels les jeunes Suissesses ont obtenu une remarquable huitième place.
Par la suite, la gymnastique rythmique suisse a continué à démontrer un niveau de qualité appréciable en signant des résultats de valeur sur les plans européen et mondial, en dépit d’un certain manque de constance il faut pourtant bien le reconnaître. Manque de constance qui peut s’expliquer par le fait que les jeunes gymnastes qui avaient accédé au cadre national de Macolin manquaient encore de maturité.

« Aujourd’hui, pour qu’une de nos filles soit admise à Macolin, nous exigeons qu’elle ait d’ores et déjà atteint le niveau que cela implique. Nous souhaitons vivement que les filles qui nous rejoignent bénéficient d’une maturité suffisante », dit encore Heike Netzschwitz. « La nouvelle situation à laquelle elles sont confrontées, la plupart du temps loin de la famille, de leur ancienne école, des amis et autres connaissances, n’est de loin pas simple. Sans dire qu’elles doivent s’engager à fond pour rattraper le retard dont elles font preuve au plan de l’entraînement. Ce retard, il faut le préciser, n’est pas dû à un manque d’engagement de la part des responsables concernées des CRP, mais à une situation financière précaire. Jusqu’à présent, en effet, il n’a pas été possible d’engager les deux responsables d’entraînement nécessaires par CRP. Cela dit, s’il est vrai que l’existence de la gymnastique rythmique était ouvertement remise en question il y a dix ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui, même si les problèmes qui minent la base n’ont pas totalement disparu.

Un petit « je-ne-sais-quoi … »

Un certain nombre de filles du cadre national ont été admises à Macolin à l’âge de 13 ans déjà. « Elles n’avaient peut-être pas encore toutes, c’est vrai, le niveau de performance requis », admet Heike Netzschwitz avant de poursuivre : « Parfois, simplement en la regardant, je sais qu’une gymnaste a de l’étoffe, ce je-ne-sais-quoi que l’on nomme talent et qui, même s’il est donné, est indispensable à la réussite : mobilité, rayonnement, volonté de se hisser au sommet… » Tel qu’il se présente aujourd’hui, le cadre national comprend lui aussi des filles de situations et de constitutions très différentes. Avec ses 16 ans à peine par exemple, Stéphanie Kälin est la plus jeune du groupe, et c’est avec une grâce et un charme hors du commun qu’au milieu de ses collègues, elle évolue sur le praticable qui, pour elle, est ce qu’il y a de plus précieux au monde. Vesela Veselinova Dimitrova, entraîneur nationale bulgare et, depuis quelques années déjà assistante de Heike Netzschwitz, s’adresse avec passion à ses protégées en pleine action : « Plus haut ! Plus haut !... Plus vite le mouvement des jambes vers le haut !... Grand écart !… » En dépit de douloureuses contorsions, le sourire doit rester permanent sur les lèvres des gymnastes. Pour le groupe, l’entraînement proprement dit est précédé d’une séance de mise en train d’une durée de deux heures, faite de séquences de ballet, d’exercices d’assouplissement et de force et, enfin, d’un travail minutieux destiné à l’amélioration de la coordination des mouvements. Cela fait, les gymnastes ont enfin accès aux engins à main : le travail chorégraphique peut commencer !



Nathanya Köhn (à gauche) et Capucine Jelmi à Macolin. (Photo: Swiss Olympic)

« Londres 2012 » en point de mire

L’objectif numéro un du moment est réellement à portée de main : pour la première fois, une formation suisse de gymnastique rythmique (GR) a une chance réelle de parvenir à se qualifier pour les Jeux Olympiques ! « Nous voulons absolument aller à Londres ! » s’exclament en chœur les jeunes filles. Grâce à une remarquable huitième place au concours multiple et à une incroyable quatrième place en finale aux Mondiaux de cette année à Montpellier, le groupe s’est qualifié pour l’épreuve test préolympiques, l’Olympic Games Test Event 2012. En janvier 2012, il se rendra donc à Londres pour s’y produire dans le cadre de deux journées successives. Heike Netzschwitz est consciente de l’importance de ce rendez-vous, et du fait que la concurrence y sera rude. Pour mettre toutes les chances du côté de son groupe, un entraînement hebdomadaire de 40 heures est nécessaire et, pour que ce soit possible, elle a obtenu des parents et des autorités scolaires que ses jeunes filles puissent bénéficier, pendant une année, d’un régime spécial en ce qui concerne la fréquentation des cours. L’objectif immédiat est clair : « Le groupe doit encore s’améliorer aussi bien au plan de la technique qu’à celui de la synchronisation. Les jeunes filles doivent en outre affronter la compétition avec une volonté plus ferme encore, avec plus de hargne et de discipline… »

Entraînement et émotions

Persuadée que son groupe ne peut acquérir la stabilité qui lui est indispensable que par un entraînement exigeant et de longue haleine, Heike Netzschwitz sait qu’on lui reproche parfois d’être trop dure. « L’entraînement, parfois, et les compétitions tests doivent reproduire la pression qu’ont à maîtriser les jeunes filles lorsque cela compte pour de bon. Lorsque nous constatons un manque de stabilité en la matière, nous leur imposons un entraînement supplémentaire le samedi après-midi ou le lundi matin, ce qui implique, il est vrai, qu’elles passeront moins de temps à la maison. Mais elles comprennent aussi que c’est le prix à payer pour atteindre le haut niveau international, et qu’il leur reste encore un bon bout de chemin à parcourir pour y arriver… » Celle qui a réussi mille fois un exercice sait à quel niveau elle le maîtrise. Heike Netzschwitz tient à ce que ses gymnastes comprennent que le fait de laisser échapper un engin à main ne doit rien au hasard… « Plus on s’entraîne, plus la chance de réussir est grande ! », insiste celle qui, par ailleurs, est aussi généreuse qu’exigeante. « L’entraînement d’aujourd’hui prépare les émotions de demain. Je ne tiens pas à voir les larmes couler en cas d’échec aux CM ou aux Jeux Olympiques. C’est dans le cadre de l’entraînement déjà que doivent prendre forme les émotions issues de la victoire ou de l’échec… Le chemin est le but ! »

Le groupe : une famille !

Composé actuellement de sept jeunes filles, le cadre national suisse de GR a grandi ensemble, ou presque. « Je les connais bien. Je sais comment elles fonctionnent et comment nous, les responsables, devons nous comporter avec elles à l’entraînement et dans le cadre de la compétition pour qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes. Chacune réagit différemment ; chacune a ses points forts et ses points faibles… », insiste Heike Netzschwitz sans jamais remettre en question l’importance du groupe.
« C’est le groupe, et non pas le classement individuel, qui nous permet de figurer parmi les dix meilleures formations au monde !... »


Le cadre national suisse: Marine Périchon, Nathanya Köhn, Carol Rohatsch, Lisa Tacchelli
et Stephanie Kälin. (Photo: màd)

Les Jeux Olympiques : une confirmation !

Pour Heike Netzschwitz, pour ses adjointes et pour les gymnastes elles-mêmes, la participation aux Jeux Olympiques de Londres 2012 serait, en quelque sorte, une récompense pour le travail dur et de longue haleine consenti. « J’espère que nous parviendrons à nous qualifier et à faire en sorte, ainsi, que notre rêve devienne réalité. Une participation aux JO permettrait aussi à la population de ce pays de découvrir ce sport merveilleux qu’est la gymnastique rythmique et à assurer son avenir en Suisse.

La gymnastique rythmique
C’est au début des années 40 que la gymnastique rythmique a fait son apparition, dans les pays d’Europe de l’Est notamment. La GR se caractérise par des mouvements impliquant à la fois la danse, la mobilité et la force, et ceci avec ou sans l’utilisation d’engins à main (corde, cerceau, ballon, massues, ruban). Une épreuve par équipes de cinq a été ajoutée au programme olympique en 1996. C’est Fernando Dâmaso, d’origine portugaise, qui est considéré comme l’homme de proue de la gymnastique rythmique en Suisse. Il a été à la tête de la formation nationale de 1975 à 1988. Au Mondiaux de Montpellier 2011, le groupe suisse sélectionné a prouvé être suffisamment mûr pour rivaliser, à l’heure qu’il est, avec les meilleurs ensembles du monde. Ses membres : Marine Périchon, Capucine Jelmi, Nathanya Köhn, Stephanie Kälin, Lisa Tacchelli, Carol Rohatsch et Souheila Yacoub (encore blessée) y ont signé le meilleur résultat jamais obtenu par la Suisse aux CM dans cette spécialité, prouvant par la même occasion que ce groupe a une chance réelle de parvenir à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Londres 2012.

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Catégories: Londres 2012

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