Lors des Championnats d'Europe de karaté à Kloten, Fanny Clavien décroche une deuxième médaille d'or dans sa carrière. Et ceci après avoir été blessée pendant plus d'un an. Quel retour! La valaisanne de 24 ans raconte dans le blog son jour « J ».
Ce vendredi 6 mai a été pour moi une réelle renaissance après ma blessure survenue 14 mois auparavant et ces 10 longs mois de rééducation, je renouais avec mon meilleur niveau.

Je me souviens me lever ce vendredi aux alentours de 7h30 l’esprit léger, comme si j’étais en vacances. Je préparais mon sac, mes affaires, comme pour un simple entraînement alors que c’était le jour le plus important de mon année. Celui qui marque la fin de ma rééducation après ma déchirure du ligament de mon genou mais aussi mon retour au plus haut niveau.
Etant donné que 6 semaines avant ces CE mon genou a subit un gros choque lors d’une compétition, je n’étais donc plus du tout en pleine possession de mes capacités physiques et mon mental et mes objectifs de médailles en avaient prit un grand coup. Mais là, ce vendredi matin, tout cela me paraissait tellement loin et tellement futile. Je me sentais bien, dans mon élément et impatiente d’y être.
J’entamais à ce moment la 1ère partie de ma compétition, soit l’échauffement 1h30 avant le début des éliminatoires de ma catégorie. C’est toujours un moment assez compliqué car il faut gentiment se mettre « dedans » (comme on dit dans mon jargon) sans trop le faire pour ne pas se crisper. Mais là, encore une fois, tout était simple, facile. Evidemment, vu que les CE étaient organisés en Suisse nous avions une salle d’échauffement réservée uniquement aux athlètes de l’équipe nationale Suisse. J’avais donc pris mon lecteur mp3 sur stéréo afin de pouvoir m’échauffer en musique et de rigoler avec mes collègues.
Mais je dois avouer que ma « petite sœur de cœur » fait partie de l’équipe et à part le Karaté nous partageons une autre passion, la danse hip hop, donc à chaque fois on danse et on rigole et c’est ce que nous avons fait en finalité de mon échauffement. Quel échauffement avant un Championnat d’Europe ! 
« Faisons la fête comme il le faut! »
Je ne me projetais aucunement dans mes combats ni sur mes adversaires juste sur moi et mon bien-être du moment. Ma catégorie fut appelée, j’entrais sur le tatami afin de faire le « salut » général du début de la compétition et une adrénaline d’envie m’envahit et à ce moment je savais que ma compétition débutait. Je suis retournée aux vestiaires avec mon coach en attendant mon tour. Et je me souviens à ce moment l’avoir regardé et lui avoir dit « c’est maintenant que la fête commence ! ». J’ai baissé la tête, fermé les yeux et me suis rappelé mes 3 mots-clefs en les répétant à plusieurs reprises. J’ai crié et je me suis redit, à haute voix : « Tous ces mois de souffrances, de pleurs, de sueur, de rire, de passion c’est pour ce moment, c’est pour aujourd’hui, alors que je me fasse plaisir. C’est un jour de fête alors faisons la fête comme il faut ».
Ma compétition était lancée. J’étais dans mes combats d’une lucidité comme jamais j’avais pu être. Dans un flow, dans ma bulle, je savais ce que j’avais à faire, sans stress et tout s’est passé de la meilleure des manières. Même durant ma demi-finale quand à 10 secondes de la fin j’arrive à marquer le point qui me fera entrer en finale. J’étais bien, j’étais la seule que j’entendais malgré les cris de mon coach et les hurlements du public. A ce moment, j’ai fini la 2ième partie de ma compétition et je suis en phase d’aller chercher la plus importante, la phase finale qui, au final, est le vrai début de la compétition.
J’avais 4h d’attente jusqu’à ma finale. Entre temps, nous avons eu la cérémonie d’ouverture à laquelle j’ai participé et défendu lors d’un petit discours (en anglais et allemand même pas en français alors que c’est ma langue maternelle
), les 5 commitments de « cool and clean » pour laquelle je suis ambassadrice.
« Plus sympa d'avoir noté double Championne d'Europe »
Après tout cela il me restait 1h avant le début de ma finale, j’ai décidé de retourner en salle d’échauffement, me changer et commencer à bouger. Mon coach ma rejoint et nous discutions de tout et de rien alors que je faisais mes exercices d’échauffement, et à un moment il me dit : « J’étais en train de me dire que sur un palmarès c’est quand même plus sympa d’avoir noté double Championne d’Europe que Championne d’Europe et Vice-Championne d’Europe ».
Je l’ai regardé, j’ai souris et nous nous étions compris.
Je me suis lancée dans cette finale vraiment comme si je partais à la guerre, j’étais chez moi, « à la maison », j’avais bataillé jusqu’ici, je n’allais rien lui laissé. Je suis restée très concentrée sur elle, sur sa pression, tout en gardant le combat très en main. Je connaissais bien mon adversaire, Irène Colmar l’espagnole, car nous avons évoluées ensembles sur le circuit mondial depuis les juniors et nous nous étions déjà rencontrée en finale des européens junior en 2006 où je m’étais inclinée pour 1 point.
J’ai marqué 1 point, un 2ième, puis je me fais avertir pour saisie et lui donne un point de pénalité nous somme donc 2-1 et là j’entends la sonnerie qui annonce la fin du combat… la délivrance…. Un sentiment indescriptible, une émotion magique.

Aujourd’hui encore je ne pourrais définir ce qu’on ressent à ce moment précis, mais ce qui est sûr c’est que tout ce que je fais, ce n’est pas pour la médaille mais pour toutes ces émotions partagées avec les gens qui m’entourent.