30. mars 2011, marcel.friedli

Faire preuve de tolérance – dans le jeu comme dans le sport

Ils ne le portent pas sur eux. Et eux aussi font du sport : ceux et celles qui aiment des personnes du même sexe. Pourtant, dans le monde du sport, l’homosexualité reste souvent taboue, aussi bien dans le sport d’élite que dans le sport populaire. Du coup, bien plus souvent qu’on ne le pense, les homosexuels choisissent de donner le change par crainte d’être marginalisés.

Devant des millions de téléspectateurs, le plongeur australien Matthew Mitcham tombe dans les bras de son ami Lachlan Fletcher lors de la cérémonie officielle après avoir remporté la médaille d’or aux JO de Pékin. Le monde, hétérosexuel, du sport se frotte les yeux : car c’était vraiment la première fois qu’un sportif gay s’affichait si ouvertement avec son ami.


                                                                                                           Bild: Jonathan Ruchti

Il y a trois ans, le livre du footballeur est-allemand Marcus Urban, dans lequel il révélait son homosexualité, a lui aussi eu l’effet d’une bombe. Heureusement pour lui, il n’a fait son coming-out qu’après avoir mis un terme à sa carrière professionnelle. Le défenseur français Yoann Lemaire, qui a écrit un livre dans lequel il en faisait de même, n’a, quant à lui, pas fait preuve de la même prudence. Bien mal lui en a pris : il s’est retrouvé privé de club au prétexte qu’il s’agissait de lui éviter des problèmes avec ses camarades d’équipe. Il y avait d’ailleurs un fond de vrai, puisque plusieurs de ses coéquipiers avaient tenu des propos homophobes dans des interviews.

L’homophobie n’est pas l’apanage du sport d’élite

L’homophobie n’est pas répandue que dans le sport d’élite, mais aussi dans le sport populaire. Pancho Frey, membre du comité de Pink Cross et responsable du domaine du sport, reconnaît « qu’il reste encore beaucoup à faire sur ce plan ». Il rappelle qu’un jeune homosexuel sur quatre tente de mettre fin à ses jours en raison de son orientation sexuelle. « Les jeunes gays et lesbiennes en particulier doivent pouvoir avoir la certitude d’être acceptés au sein de leur club sportif pour pouvoir faire leur coming-out. »

Une certitude que n’a pas eue Martin Abele lorsqu’il pratiquait le volleyball encore chez les juniors. Il a constamment porté le poids de son secret, lors des accolades après un smash réussi, dans les vestiaires, lors des bons moments passés ensemble.

Les principes de la Charte d’éthique devraient être contraignants

En tant que jeune homme, il n’était alors pas encore convaincu que le fait de révéler son homosexualité ne changerait strictement rien. Et comment lui donner tort puisque le sujet est presque totalement absent au sein du sport associatif ? Tout tourne autour du sport, comme le montre une enquête réalisée par Pink Cross auprès de 82 fédérations sportives, et à laquelle un tiers d’entre elles ont répondu : « Que l’on ne parle que de sport peut être vu comme quelque chose de positif », analyse Pancho Frey, « mais c’est aussi l’indication que l’homosexualité est taboue, étant donné que l’on se situe dans une norme hétérosexuelle qui exclut ceux et celles qui n’ont pas la même sensibilité. » L’enquête de Pink Cross révèle également que les clubs ne savent souvent pas grand-chose sur le sujet : « Un nombre important d’entre eux associent l’homosexualité aux abus sexuels ou à la pédophilie ! »

D’où la nécessité de continuer à mener des campagnes comme celle lancée en 2010 lors de la journée mondiale contre l’homophobie et intitulée « Parler du silence ». Il importe de rappeler constamment qu’il est inacceptable et contraire aux principes du fair-play de discriminer des coéquipiers en raison de leur orientation sexuelle. La Charte d’éthique du sport défendue par Swiss Olympic et l’OFSPO est absolument claire à ce sujet : il faut « traiter toutes les personnes de manière égale » ! Et Pink Cross d’exiger que ce principe, ainsi que les autres de la Charte, aient un caractère contraignant pour les fédérations affiliées à Swiss Olympic.

« Un exercice pour des tapettes » – où se situe la discrimination ?

Mais voilà, quand peut-on parler de discrimination ? Quand une équipe de volleyball exprime de vive voix sa crainte d’affronter une équipe gay parce que les deux devraient partager les douches ? Quand un participant râle en disant que l’exercice proposé est « pour des tapettes » ? Walter Lehmann, qui pratique depuis huit ans les arts martiaux, n’estime pas qu’il s’agit là de discrimination. Mais de tels propos le dérangent malgré tout, « même si ce n’est qu’une manière de parler et que de nombreuses personnes ne réfléchissent pas à ce que cela implique. » Dans le cas présent, son entraîneur n’avait pas réagi sur le moment. Walter Lehmann, assurément sensibilisé par le fait d’enseigner l’autodéfense à des gays, lui a quand même demandé après la leçon comment il avait vécu cela.

Envoyer des signes clairs en tant que moniteur

Pour Pancho Frey, qui est par ailleurs professeur de tennis, il existe un vrai potentiel justement chez les moniteurs et monitrices : « Celui ou celle qui dirige un cours de sport doit prendre clairement position lorsque quelqu’un fait ce genre de remarques. C’est un signal clair en faveur de la tolérance, qui encouragera les gays et les lesbiennes à s’accepter. »

Mais comme de tels signaux sont rares, de nombreux homosexuels choisissent de ne pas se distinguer, en particulier dans des sports collectifs de contact tels que le football ou le hockey sur glace, quand ils ne préfèrent pas pratiquer leur sport entre eux pour n’avoir rien besoin d’expliquer ni de cacher. Comme le dit Martin Abele : « On peut alors vraiment être soi-même : se donner l’accolade, et aussi parfois faire les bêtas. »

Rester entre soi, pour Pancho Frey, c’est une occasion manquée : «  Le sport donne justement l’occasion de vivre la franchise, le fair-play et la tolérance ! Et d’être accepté comme on est, sans devoir feindre. »

Marcel Friedli (36 ans) est journaliste indépendant et travaille pour divers magazines et journaux. Il a étudié l’histoire et les sciences de la communication aux Universités de Fribourg et de Padoue. Il est aussi professeur de yoga et pratique le jogging.

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Catégories: Ethique et Sport

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