« Il est presque plus difficile de se qualifier pour les Jeux Olympiques que d’y remporter une médaille ! », s’exclame Sophie Lamon. Agée de 25 ans, l’escrimeuse valaisanne, qui a récemment pris la 12e place aux CE de Leipzig, doit savoir de quoi elle parle : les Jeux de Londres 2012 seront en effet ses troisièmes ! Pour autant qu’elle parvienne à satisfaire aux exigences de qualification, très sévères !...
En longues bandes grises, les pistes s’étirent le long de la salle du « Cercle des armes de Lausanne ». L’air est encore chargé des effluves de transpiration laissés par les élèves, en train de se débarrasser de leur harnachement avant de disparaître sous la douche. Quelques regards se glissent encore en direction de Fabian Kauter, répétant à mille reprises le même assaut, dans un petite salle voisine avec Angelo Mazzoni, l’entraîneur national ; et en direction de Sophie Lamon – une des meilleures escrimeuses du pays – qui, en petite tenue orange, arpente la salle en guise d’échauffement avant son propre entraînement : préparation physique et mentale, l’escrime étant un sport de grande précision et de concentration absolue…

Pour la semaine d’entraînement du cadre national, Sophie Lamon est expressément rentrée de Paris, où elle habite actuellement. Elle est appelée à défendre prochainement à Leipzig, avec son équipe, la troisième place conquise aux CE 2009 en Bulgarie. « Succès obtenu avec la même équipe que celle qui avait conquis l’or, en 2005, aux CM juniors !... » Les filles sont motivées comme jamais pour rééditer l’exploit !...
Fascinée par la compétition !
L’escrime, c’est le monde de Sophie ! Ses parents, déjà, étaient des escrimeurs passionnés et c’est dans leur blanche tenue qu’ils se sont connus. Enfant encore, leur fille était une habituée des salles d’entraînement déjà et, en fin de semaine, elle était du voyage vers les lieux de compétition. Elle avait quatre ans lorsqu’elle a commencé à s’entraîner et si, alors, ce n’était encore qu’un jeu pour elle, elle le prenait déjà au sérieux. Ce qu’elle voulait ? Devenir une compétitrice ! Comme ses parents !

Agée aujourd’hui de 25 ans, Sophie est toujours sous l’emprise de la compétition, des moments de tension qui l’accompagnent, des minutes décisives au cours desquelles la faute est interdite. Dans le cadre de la compétition, l’escrime est un mélange de technique, de force et de gestes tactiques parfaitement étudiés. Elle est aussi un combat face à l’adversaire à battre ! « C’est la compétition qui me fascine et si je devais faire de l’escrime pour m’amuser seulement, je préférerais alors jouer au tennis ou aller nager », insiste la Sédunoise. Cela dit, elle se réjouit de voir autant de gens choisir l’escrime, à l’heure qu’il est, un peu pour jouer justement ! Sport de tradition longtemps plus ou moins réservé, l’escrime est en train de se démocratiser. Sophie Lamon sourit et complète : « C’était un sport de nobles, c’est maintenant bientôt… un sport pour tous ! »

Les JO sur un plateau d’argent !
D’apparence fragile – mais d’apparence seulement – Sophie Lamon est robuste et sûre de soi, bien que toujours réservée. Ni arrogante ni vaniteuse ! Bien que pratiquante d’un sport en salle, elle ne craint pas de montrer sa peau bronzée ! « Parfois, je me demande réellement si je n’aurais pas mieux fait de choisir un sport de plein air… », dit-elle dans un éclat de rire. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, alors qu’il fait beau et chaud dehors, elle va passer son après-midi en salle ; et c’est comme toujours avec enthousiasme, passion et ambition qu’elle va s’y entraîner…
Même si elle est jeune encore, Sophie Lamon fait d’ores et déjà partie des escrimeuses les plus expérimentées au monde. A l’âge de onze ans, elle a suivi les Jeux Olympiques d’Atlanta à la télévision et, dès cet instant, elle n’a cessé d’y penser. Sans s’attendre toutefois à être déjà du voyage, quatre ans plus tard, à ceux de Sydney 2000 ! Mais, alors qu’ils approchaient et qu’elle venait de décrocher le titre mondiale chez les cadettes (M18), la Fédération d’escrime décida de l’inscrire, au dernier moment, à une réunion de l’élite internationale en espérant la voir s’y qualifier peut-être pour les JO, ce qu’elle parvint à faire brillamment ! Conséquence : sélectionnée pour les Jeux, elle prenait la place d’une escrimeuse établie, ce qui provoqua quelques remous dans les rangs de l’Equipe. Pas pour longtemps car, à Sydney, donnant comme toujours le meilleur d’elle-même, Sophie montra ce dont elle était capable, décrochant d’emblée la médaille d’argent pour la Suisse au classement par équipes. De retour au pays elle allait, cette même année encore, s’emparer du titre européen par équipes.
Coup d’œil vers l’avenir
Sophie Lamon continue à être fascinée par les Jeux Olympiques. « La médaille que j’ai remportée à Sydney ne perdra jamais sa valeur, même si je n’aime pas trop regarder en arrière », sourit-elle. Après Sydney, n’ayant pu se qualifier pour les Jeux d’Athènes, il y a eu ceux de Pékin : son extraordinaire Cérémonie d’ouverture qu’elle a pu suivre avec la délégation suisse au cœur d’un « Nid d’oiseau » magique ; la tension et les émotions de la compétition ; pour Sophie, la présence de sa famille…
A grands coups d’épée, direction Londres !
Et Londres ? « Ses Jeux approchent pied au plancher », s’exclame Sophie, qui consacre toujours entre 20 et 25 heures par semaine à l’entraînement. Bardée de l’expérience olympique qu’est la sienne, elle serait contente d’être de la partie une fois encore. Car même si un brin de lassitude la guette ici ou là, elle est loin d’être saturée.

Point culminant de cette année : les Championnats du monde, organisés à Paris au mois de novembre. Ils marqueront le départ du compte à rebours lié à l’ouverture des Jeux Olympiques de Londres 2012. Quant à savoir si elle sera de la partie, c’est encore loin d’être sûr, « car, en escrime, ce ne sont pas toujours les meilleur(e)s qui gagnent », dit-elle avec un brin de malice dans les yeux. Quoi qu’il en soit, les choses seront bientôt claires : « Il suffit de six minutes pour gagner son billet pour les Jeux ou, au contraire, pour mettre fin à un rêve… »
« C’est une réalité et, même si elle est impitoyable, il faut s’y faire », dit Sophie avant de poursuivre : « Cela étant, si l’on s’entraîne avec tant d’acharnement, c’est bien pour que tout ne soit pas fini après six minutes de combat… » Mais elle le répète : « il est plus difficile de se qualifier pour les Jeux que d’y remporter la victoire ! »
Sophie Lamon dispose de deux chances de qualification en vue des Jeux de Londres puisque, contrairement à ce qui a été le cas en 2008, les femmes y bénéficieront à nouveau d’une compétition par équipes.
Classée « Swiss Olympic Top Athlete » depuis Pékin !
En dépit de sa passion, Sophie Lamon ne peut pas « vivre » de l’escrime. « L’idéal est de pouvoir suivre des études en marge de la pratique du sport », explique-t-elle avec un clin d’œil. Un plan d’études bien conçu permet en effet d’intégrer deux séances d’entraînement quotidiennes. Au mois d’avril 2011, à Paris où, il y a six ans, elle a suivi son entraîneur après avoir décroché avec succès son « Certificat de maturité », elle obtiendra un « Master en marketing du sport et stratégie d’entreprise ».
En outre, depuis 2008, en plus de l’appui que lui apporte sa Fédération, Sophie Lamon est classée « Swiss Olympic Top Athlete », tout en bénéficiant du soutien de la Fondation de l’Aide Sportive Suisse. « Ce coup de pouce m’est à la fois précieux et important, financièrement et mentalement, car il me prouve qu’on croit en moi », explique-t-elle.
Fabian Kauter arrive au bout de sa séance d’entraînement. Sophie Lamon saisit immédiatement son épée d’une main et rabat son masque de l’autre : son tour est arrivé ! Ses gestes se répètent à l’infini ; elle attaque son entraîneur ; il la corrige… Concentrés, leurs mouvements sont harmonieux et, seul, résonne le bruit des épées qui s’entrecroisent…
L’entraînement n’a pas été vain ! Lors des CE de Leipzig, de ce mois, Sophie Lamon a pris un honorable 12e rang. Par équipes malheureusement, la 3e place conquise l’année dernière n’a pas pu être défendue. Mais la course aux médailles se poursuit…