Du soleil, du sable et beaucoup de sueur !

de manuela.ryter 7. mai 2010 14:36

Ils sont cool et bronzés ! Mais ils refusent la facilité ! De qui peut-il bien s’agir ? Des jeunes joueurs de beach-volley Mats Kovatsch et Jonas Kissling, prêts à s’engager à fond pour le sport et pour bénéficier d’une bonne formation. Ensemble, ils forment la première équipe à bénéficier, en Suisse, d’un soutien professionnel et ceci, notamment, grâce au nouveau Centre national d’entraînement de Berne.

Un peu caché entre un quartier d’habitations, une forêt et une ligne de chemin de fer, le « Beachcenter » de Berne, cœur du Centre national d’entraînement (CNE) de la capitale, inauguré il y a une année, est situé au sud-ouest de la ville. On y hume un léger parfum d’eau de mer. De jeunes gens au corps musclé s’entraînent sur le sable. Leur jeu ondoie harmonieusement, et seule l’intervention de l’entraîneur, soucieux de donner quelques consignes, parvient à l’arrêter. Quelques paires de nu-pieds sont alignées près des tables en bois qui bordent les trois surfaces de jeu. Dans la salle de beach-volley, ouverte aux activités il y a quelques mois seulement, une immense planche murale représentant une rangée de palmiers en bord de mer invite à la rê verie…

Mais Mats Kovatsch (20 ans) et Jonas Kissling (19 ans) ne sont pas ici pour rêver ! Avant-hier soir, à Zurich, dans le cadre du « Coop Beachtour », ils ont disputé leur premier match de la saison et signé d’emblée une première victoire. Interminable, l’hiver semble enfin avoir pris fin et les joueurs sont heureux de pouvoir recueillir les fruits de leur dur labeur. 

Jonas Kissling, Mats Kovatsch

Ce soir, il vont rencontrer la paire Laciga / Bellaguarda. Les fameux cracks suisses. Pour nos deux presque débutants dans la catégorie « professionnelle » la plus élevée ce match revêt, on l’aura compris, une importance particulière. Leur chance de l’emporter est très faible. Par contre, l’opportunité qui leur est offerte de pouvoir enrichir leur jeu et leur expérience est d’autant plus évidente. « Et puis, qui peut affirmer que nous ne gagnerons pas ? », s’exclame Kovatsch en clignant malignement des yeux dans la lumière du soir.

Entraînement de forçat sur la plage

Bronzés comme il se doit, les deux jeunes joueurs sont aussi de gais lurons. Pour la photo par exemple, mine de rien, ils revêtent aussitôt un t-shirt aux logos de leurs sponsors. Ce qu’ils pratiquent ici, sur le sable, est plus sérieux qu’il n’y paraît ! « L’image donnée par le beach-volley est généralement fausse », dit Mats Kovatsch. « Nous ne sommes pas ici pour nous amuser, mais pour nous entraîner ! Pour nous entraîner durement ! Même à la plage, un camp d’entraînement est bien loin d’être un… camp de vacances… »

Les succès des deux joueurs confirment ! L’année dernière en l’espace de peu de temps, en deuxième partie de saison, l’équipe est parvenue à se faire un nom sur la scène helvétique de beach-volley, se hissant de la trentième à la sixième place du classement national. Cela étant, Kissling ajoute d’un aire malicieux : « Le beach-volley, heureusement, est moins rigide que le volley-ball en salle… » Lors des matches en effet, chez nous, l’ambiance est toujours festive, musicale, et le public s’amuse tout en applaudissant. Ici, la décontraction est de mise !

Apprendre et travailler plutôt que se reposer !

Au programme : de deux à quatre heures d’entraînement par jour ! Pendant la saison : de nombreuses rencontres ! En outre, pendant que leurs collègues du CNE peuvent se reposer une fois leur entraînement terminé, nos deux apprentis, eux, retournent soit au bureau soit à l’école et, si ce n’est pas le cas, ils se plongent dans leurs livres et cahiers pour préparer leurs examens. Les deux suivent, en effet, un apprentissage de sportif d’élite, apprentissage qui, prolongé d’une année, leur permet de mener de front sport et formation professionnelle. « La charge est considérable », explique Mats Kovatsch, qui parvient cet été au terme de son apprentissage. Et il en a assez des remarques ironiques que lui font ses collègues de bureau quand, à trois heures, il quitte les lieux ; assez aussi de celles de ses collègues de l’Equipe nationale quand, à cause du travail ou de l’école, il arrive en retard à l’entraînement... « La plupart n’ont aucune idée de la charge qui pèse sur nos épaules !... », conclut-il.

« Cela dit, nous avons une chance extraordinaire, ici en Suisse, de pouvoir à la fois nous adonner à notre sport favori et suivre simultanément l’apprentissage d’une profession », insiste Jonas Kissling avant de poursuivre : « Et cela même si, par amour de notre sport, nous devons renoncer à un tas de choses – à sortir le soir avec des amis par exemple – et n’avons que peu de temps libre. » Tout cela, ils le prennent sur eux, sachant que le sport leur apporte également des tas de choses en retour : « A prendre et à assumer nos responsabilités par exemple ; à vivre l’esprit d’équipe ; à réussir des performances sous pression ; à voyager au quatre coins du monde… Autant de choses qui seraient hors de notre portée sans lui ! » Leurs copines vont heureusement dans le même sens, puisqu’elles jouent toutes deux au volley-ball et qu’elles comprennent donc ce que c’est que d’avoir peu de temps à disposition…

 

 

 

Promotion professionnelle

Bénéficiant, par le biais d’une « Sport Scholarship Future », du soutien de Swiss Olympic, Mats Kovatsch et Jonas Kissling sont considérés comme les plus sûrs talents de la relève suisse en beach-volley. De fait, ils sont la première équipe composée de jeunes talents à bénéficier, dans ce pays, d’un soutien professionnel aussi important. Il faut bien dire, cela étant, qu’il n’y a que douze mois –  à savoir depuis l’ouverture de son CNE – que « Swiss Volley » est en mesure de procéder à une promotion professionnelle du beach-volley. Et il était grand temps car, au cours de ces dernières années, alors que la Suisse plaçait plusieurs équipes en tête du classement international, un trou abyssal commençait à se creuser à l’arrière. « Cela ne doit plus arriver », insiste Marc Gerson, longtemps entraîneur de professionnels du renom de Paul Laciga et Zeiler Köniz. Grâce à Kovatsch / Kissling, notre pays dispose à nouveau d’une formation d’avant-garde : 9e aux CE des M20 en 2008 et 5e  aux CM des M21 l’année dernière. En l’absence du CNE, une telle réussite n’aurait sans doute pas été possible !


Amélioration du niveau grâce au CNE

Actuellement, le CNE permet à huit des dix équipes suisses de beach-volley qui constituent le cadre national (deux équipes olympiques ; trois équipes nationales ; trois équipes nationales de la relève) de bénéficier de conditions d’entraînement optimales. Tous ces joueurs ont un statut professionnel et sont dotés d’un potentiel qui doit leur permettre de participer, un jour ou l’autre, aux Jeux Olympiques. Sans le CNE, la chose ne serait pas possible. Avant l’existence du Centre, l’entraînement des joueurs, qui ne disposaient que d’une seule installation en salle à Winterthour, ne pouvait pas être coordonné. « Nous passions des heures sur les autoroutes ; des heures que nous pouvons maintenant consacrer à l’entraînement », explique Gerson, entraîneur heureux. A l’heure qu’il est, les joueurs disposent d’un plan d’entraînement fixe et peuvent, pour la première fois, s’entraîner sur le sable en hiver également.

« Pour nous », insiste Jonas Kissling, « c’est une chance exceptionnelle de pouvoir nous entraîner avec les meilleurs. » Un autre point encore à mettre au compte du CNE : grâce à lui, le niveau moyen des joueurs suisses s’est élevé de façon spectaculaire, ce qui contribue également à mettre nos équipes olympiques sous pression. L’entraîneur Gerson, au sujet de Kissling et Kovatsch : « Ils ont de l’avance, cela ne fait aucun doute, par rapport au niveau atteint par nos élites d’aujourd’hui lorsqu’ils avaient leur âge. » Et il semble que d’autres formations, dont l’entraînement est d’ores et déjà quotidien, sont sur leurs talons.

Rio de Janeiro pointe à l’horizon…

Les « Koki » (c’est le nom qu’ils se donnent sur leur site Internet), ont encore un peu de peine à rivaliser avec les meilleurs. « Pour ce faire, il faut disposer d’une grande expérience, et celle-ci ne tombe pas du ciel » sourit Kissling. Mais personne ne doute du fait que ce n’est qu’une question de temps ! Les deux joueurs forment en effet une équipe solide et harmonieuse, aussi bien sur le sable que sur terre ferme : Kovatsch l’ « embrouille » et Kissling le « débrouille », comme aime les appeler Gerson apprécient de pouvoir jouer ensemble et ils le font sans chercher à tout casser… », précise-t-il. C’est assez rare dans ce milieu.

Les Jeux de Londres arrivent sans doute un peu trop tôt pour ces deux jeunes talents, mais les plages de Rio leur font d’ores et déjà les yeux doux. Soleil, sable et samba : qui dit mieux ? Même dans la sueur et au prix d’un dur travail.

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